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CHAPITRE LXX.


De l’empereur Charles IV. De la bulle d’or. Du retour du saint-siége
d’Avignon à Rome. De sainte Catherine de Sienne, etc
.


L’empire allemand (car dans les dissensions qui accompagnèrent les dernières années de Louis de Bavière, il n’était plus d’empire romain) prit enfin une forme un peu plus stable sous Charles IV de Luxembourg, roi de Bohême, petit-fils de Henri VII. (1356) Il fit à Nuremberg cette fameuse constitution qu’on appelle bulle d’or, à cause du sceau d’or qu’on nommait bulla dans la basse latinité : on voit aisément par là pourquoi les édits des papes sont appelés bulles. Le style de cette charte se ressent bien de l’esprit du temps. Le jurisconsulte Barthole, l’un de ces compilateurs d’opinions qui tiennent encore lieu de lois, rédigea cette bulle. Il commence par une apostrophe à l’orgueil, à Satan, à la colère, à la luxure ; on y dit que le nombre des sept électeurs est nécessaire pour s’opposer aux sept péchés mortels. On y parle de la chute des anges, du paradis terrestre, de Pompée et de César ; on assure que l’Allemagne est fondée sur les trois vertus théologales, comme sur la Trinité.

Cette loi de l’empire fut faite en présence et du consentement de tous les princes, évêques, abbés, et même des députés des villes impériales, qui pour la première fois assistèrent à ces assemblées de la nation teutonique. Ces droits des villes, ces effets naturels de la liberté, avaient commencé à renaître en Italie, en Angleterre, en France et en Allemagne. On sait que les électeurs furent alors fixés au nombre de sept. Les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves, en possession depuis longtemps d’élire des empereurs, ne souffrirent pas que d’autres évêques, quoique aussi puissants, partageassent cet honneur. Mais pourquoi le duché de Bavière ne fut-il pas mis au rang des électorats ? et pourquoi la Bohême, qui originairement était un État séparé de l’Allemagne, et qui, par la bulle d’or, n’a point d’entrée aux délibérations de l’empire, a-t-elle pourtant droit de suffrage dans l’élection ? On en voit la raison : Charles IV était roi de Bohême, et Louis de Bavière avait été son ennemi.

On dit dans cette bulle, composée par Barthole, que les sept électeurs étaient déjà établis ; ils l’étaient donc, mais depuis fort