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pape[1] un cordelier napolitain, l’investit par l’anneau, lui mit lui-même la chape, et le fit asseoir sous le dais à ses côtés ; mais il se garda bien de déférer à l’usage de baiser les pieds du pontife.

Parmi tous les moines, dont je parlerai à part, les franciscains faisaient alors le plus de bruit. Quelques-uns d’eux avaient prétendu que la perfection consistait à porter un capuchon plus pointu et un habit plus serré ; il ajoutaient à cette réforme l’opinion que leur boire et leur manger ne leur appartenaient pas en propre. Le pape avait condamné ces propositions ; la condamnation avait révolté les réformateurs ; enfin, la querelle s’étant échauffée, les inquisiteurs de Marseille avaient fait brûler quatre de ces malheureux moines (1318).

Le cordelier fait pape par l’empereur était de leur parti ; voilà pourquoi Jean XXII était hérétique. Ce pape était destiné à être accusé d’hérésie : car, quelque temps après, ayant prêché que les saints ne jouiraient de la vision béatifique qu’après le jugement dernier, et qu’en attendant ils avaient une vision imparfaite, ces deux visions partagèrent l’Église, et enfin Jean se rétracta.

Cependant ce grand appareil de Louis de Bavière à Rome n’eut pas plus de suite que les efforts des autres Césars allemands : les troubles d’Allemagne les rappelaient toujours, et l’Italie leur échappait.

Louis de Bavière, au fond peu puissant, ne put empêcher à son retour que son pontife ne fût pris par le parti de Jean XXII, et ne fût conduit dans Avignon, où il fut enfermé. Enfin telle était alors la différence d’un empereur et d’un pape, que Louis de Bavière, tout sage qu’il était, mourut pauvre dans son pays (1344), et que le pape, éloigné de Rome, et tirant peu de secours de l’Italie, laissa en mourant, dans Avignon, la valeur de vingt-cinq millions de florins d’or, si on en croit Villani, auteur contemporain. Il est clair que Villani exagère ; quand on réduirait cette somme au tiers, ce serait encore beaucoup : aussi la papauté n’avait jamais tant valu à personne ; mais aussi jamais pontife ne vendit tant de bénéfices, et si chèrement.

Il s’était attribué la réserve de toutes les prébendes, de presque tous les évêchés, et le revenu de tous les bénéfices vacants ; il avait trouvé, par l’art des réserves, celui de prévenir presque toutes les élections et de donner tous les bénéfices. Bien plus, jamais il ne nommait un évêque qu’il n’en déplaçât sept ou huit : chaque promotion en attirait d’autres, et toutes valaient de l’ar-

  1. Nicolas V.