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On n’a point de preuves juridiques que Henri VII ait péri par cet empoisonnement sacrilège : frère Bernard Politien de Montepulciano en fut accusé, et les dominicains obtinrent, trente ans après, du fils de Henri VII, Jean, roi de Bohême, des lettres qui les déclaraient innocents. Il est triste d’avoir eu besoin de ces lettres.

De même qu’alors peu d’ordre régnait dans les élections des papes, celles des empereurs étaient très-mal ordonnées. Les hommes n’avaient point encore su prévenir les schismes par de sages lois.

Louis de Bavière et Frédéric le Beau, duc d’Autriche, furent élus à la fois au milieu des plus funestes troubles. Il n’y avait que la guerre qui pût décider ce qu’une diète réglée d’électeurs aurait dû juger : un combat, dans lequel l’Autrichien fut vaincu et pris (1322), donna la couronne au Bavarois.

On avait alors pour pape Jean XXII, élu à Lyon en 1315. Lyon se regardait encore comme une ville libre ; mais l’évêque en voulait toujours être le maître, et les rois de France n’avaient encore pu soumettre l’évêque. Philippe le Long, à peine roi de France, avait assemblé les cardinaux dans cette ville libre ; et, après leur avoir juré qu’il ne leur ferait aucune violence, il les avait enfermés tous, et ne les avait relâchés qu’après la nomination de Jean XXII.

Ce pape est encore un grand exemple de ce que peut le simple mérite dans l’Église : car il faut sans doute en avoir beaucoup pour parvenir de la profession de savetier au rang dans lequel on se fait baiser les pieds.

Il est au nombre de ces pontifes qui eurent d’autant plus de hauteur dans l’esprit que leur origine était plus basse aux yeux des hommes. Nous avons déjà remarqué[1] que la cour pontificale ne subsistait que des rétributions fournies par les chrétiens : ce fonds était plus considérable que les terres de la comtesse Mathilde. Quand je parle du mérite de Jean XXII, ce n’est pas de celui du désintéressement : ce pontife exigeait plus ardemment qu’aucun de ses prédécesseurs, non-seulement le denier de saint Pierre, que l’Angleterre payait très-irrégulièrement, mais les tributs de Suède, de Danemark, de Norvége, et de Pologne ; il demandait si souvent, et si violemment, qu’il obtenait toujours quelque argent : ce qui lui en valut davantage ce fut la taxe apostolique des péchés ; il évalua le meurtre, la sodomie, la bes-

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