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histoire est très-vrai ; les épisodes sont fabuleux : il en est ainsi de toute histoire.

Rome existait du temps de Cyrus : elle avait un territoire de quatre à cinq lieues, et pillait tant qu’elle pouvait ses voisins ; mais je ne voudrais pas garantir le combat des trois Horaces, et l’aventure de Lucrèce, et le bouclier descendu du ciel, et la pierre coupée avec un rasoir. Il y avait quelques Juifs esclaves dans la Babylonie et ailleurs ; mais, humainement parlant, on pourrait douter que l’ange Raphaël fût descendu du ciel pour conduire à pied le jeune Tobie vers l’Hyrcanie, afin de le faire payer de quelque argent, et de chasser le diable Asmodée avec la fumée du foie d’un brochet.

Je me garderai bien d’examiner ici le roman d’Hérodote, ou le roman de Xénophon, concernant la vie et la mort de Cyrus ; mais je remarquerai que les Parsis, ou Perses, prétendaient avoir eu parmi eux, il y avait six mille ans, un ancien Zerdust, un prophète, qui leur avait appris à être justes et à révérer le soleil, comme les anciens Chaldéens avaient révéré les étoiles en les observant.

Je me garderai bien d’affirmer que ces Perses et ces Chaldéens fussent si justes, et de déterminer précisément en quel temps vint leur second Zerdust, qui rectifia le culte du soleil, et leur apprit à n’adorer que le Dieu auteur du soleil et des étoiles. Il écrivit ou commenta, dit-on, le livre du Zend, que les Parsis, dispersés aujourd’hui dans l’Asie, révèrent comme leur Bible. Ce livre est très-ancien, mais moins que ceux des Chinois et des brames ; on le croit même postérieur à ceux de Sanchoniathon et des cinq Kinqs des Chinois : il est écrit dans l’ancienne langue sacrée des Chaldéens ; et M. Hyde, qui nous a donné une traduction du Sadder, nous aurait procuré celle du Zend s’il avait pu subvenir aux frais de cette recherche. Je m’en rapporte au moins au Sadder, à cet extrait du Zend, qui est le catéchisme des Parsis. J’y vois que ces Parsis croyaient depuis longtemps un dieu, un diable, une résurrection, un paradis, un enfer. Ils sont les premiers, sans contredit, qui ont établi ces idées ; c’est le système le plus antique, et qui ne fut adopté par les autres nations qu’après bien des siècles, puisque les pharisiens, chez les Juifs, ne soutinrent hautement l’immortalité de l’âme, et le dogme des peines et des récompenses après la mort, que vers le temps des Asmonéens.

Voilà peut-être ce qu’il y a de plus important dans l’ancienne histoire du monde : voilà une religion utile, établie sur le dogme de l'immortalité de l’âme et sur la connaissance de l’Être créa-