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romain. Ensuite, lorsqu’au XIIIe siècle les mendiants eurent du crédit, les blancs et les noirs se réunirent contre ces nouveaux venus, jusqu’à ce qu’enfin la moitié de l’Europe s’est élevée contre eux tous. Les études des scolastiques étaient alors et sont demeurées, presque jusqu’à nos jours, des systèmes d’absurdités, tels que, si on les imputait aux peuples de la Taprobane, nous croirions qu’on les calomnie. On agitait « si Dieu peut produire la nature universelle des choses, et la conserver sans qu’il y ait des choses ; si Dieu peut être dans un prédicat, s’il peut communiquer la faculté de créer, rendre ce qui est fait non fait, changer une femme en fille ; si chaque personne divine peut prendre la nature qu’elle veut ; si Dieu peut-être scarabée et citrouille ; si le père produit son fils par l’intellect ou la volonté, ou par l’essence, ou par l’attribut, naturellement ou librement » ? Et les docteurs qui résolvaient ces questions s’appelaient le grand, le subtil, l’angélique, l’irréfragable, le solennel, l’illuminé, l’universel, le profond.

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CHAPITRE LXIV.


De l’Espagne aux XIIe et XIIIe siècles.


Quand le Cid eut chassé les musulmans de Tolède et de Valence, à la fin du XIe siècle, l’Espagne se trouvait partagée entre plusieurs dominations. Le royaume de Castille comprenait les deux Castilles, Léon, la Galice, et Valence. Le royaume d’Aragon était alors réuni à la Navarre. L’Andalousie, une partie de la Murcie, Grenade, appartenaient aux Maures. Il y avait des comtes de Barcelone qui faisaient hommage aux rois d’Aragon. Le tiers du Portugal était aux chrétiens.

Ce tiers du Portugal, que possédaient les chrétiens, n’était qu’un comté. Le fils d’un duc de Bourgogne, descendant de Hugues Capet, qu’on nomme le comte Henri, venait de s’en emparer au commencement du XIIe siècle.

Une croisade aurait plus facilement chassé les musulmans de l’Espagne que de la Syrie ; mais il est très-vraisemblable que les princes chrétiens d’Espagne ne voulurent point de ce secours dangereux, et qu’ils aimèrent mieux déchirer eux-mêmes leur