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accepta enfin la couronne de Naples et de Sicile : le roi saint Louis y consentit ; mais Urbain IV mourut sans avoir pu voir les commencements de cette révolution (1264).

Voilà trois papes qui consument leur vie à persécuter en vain Manfredi. Un Languedocien (Clément IV), sujet de Charles d’Anjou, termina ce que les autres avaient entrepris, et eut l’honneur d’avoir son maître pour son vassal. Ce comte d’Anjou, Charles, possédait déjà la Provence par son mariage, et une partie du Languedoc ; mais ce qui augmentait sa puissance, c’était d’avoir soumis la ville de Marseille. Il avait encore une dignité qu’un homme habile pouvait l’aire valoir, c’était celle de sénateur unique de Rome ; car les Romains défendaient toujours leur liberté contre les papes ; ils avaient depuis cent ans créé cette dignité de sénateur unique, qui faisait revivre les droits des anciens tribuns. (1265) Le sénateur était à la tête du gouvernement municipal, et les papes, qui donnaient si libéralement des couronnes, ne pouvaient mettre un impôt sur les Romains ; ils étaient ce qu’un électeur est dans la ville de Cologne. Clément ne donna l’investiture à son ancien maître qu’à condition qu’il renoncerait à cette dignité au bout de trois ans, qu’il payerait trois mille onces d’or au saint-siége, chaque année, pour la mouvance du royaume de Naples, et que, si jamais le payement était différé plus de deux mois, il serait excommunié. Charles souscrivit aisément à ces conditions et à toutes les autres. Le pape lui accorda la levée d’une décime sur les biens ecclésiastiques de France. Il part avec de l’argent et des troupes, se fait couronner à Rome, livre bataille à Mainfroi dans les plaines de Bénévent, et est assez heureux pour que Mainfroi soit tué en combattant (1266). Il usa durement de la victoire, et parut aussi cruel que son frère saint Louis était humain. Le légat empêcha qu’on ne donnât la sépulture à Mainfroi. Les rois ne se vengent que des vivants ; l’Église se vengeait des vivants et des morts.

Cependant le jeune Conradin, véritable héritier du royaume de Naples, était en Allemagne pendant cet interrègne qui la désolait, et pendant qu’on lui ravissait le royaume de Naples, ses partisans l’excitent à venir défendre son héritage. Il n’avait encore que quinze ans ; son courage était au-dessus de son âge : il se met, avec le duc d’Autriche, son parent, à la tête d’une armée, et vient soutenir ses droits (1268). Les Romains étaient pour lui. Conradin, excommunié, est reçu à Rome aux acclamations de tout le peuple, dans le temps même que le pape n’osait approcher de sa