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division entre le trône et l’autel, et entre des tribunaux de judicature, ni conciles, ni universités, ni rien de ce qui a perfectionné ou surchargé la société parmi nous. Les Tartares partirent de leurs déserts vers l’an 1212, et eurent conquis la moitié de l’hémisphère vers l’an 1236 ; c’est là toute leur histoire.

Tournons maintenant vers l’Occident, et voyons ce qui se passait, au xiiie siècle, en Europe.

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CHAPITRE LXI.


De Charles d’Anjou, roi des Deux-Siciles. De Mainfroi,
de Conradin, et des Vêpres siciliennes.


Pendant que la grande révolution des Tartares avait son cours, que les fils et les petits-fils de Gengis se partageaient la plus grande partie du monde, que les croisades continuaient, et que saint Louis préparait malheureusement la dernière, l’illustre maison impériale de Souabe finit d’une manière inouïe jusqu’alors : ce qui restait de son sang coula sur un échafaud.

L’empereur Frédéric II avait été à la fois empereur des papes, leur vassal, et leur ennemi. Il leur rendait hommage lige pour le royaume de Naples et de Sicile (1254). Son fils Conrad IV se mit en possession de ce royaume. Je ne vois point d’auteur qui n’assure que ce Conrad fut empoisonné par son frère Manfredi ou Mainfroi, bâtard de Frédéric ; mais je n’en vois aucun qui en apporte la plus légère preuve.

Ce même empereur Conrad IV avait été accusé d’avoir empoisonné son frère Henri : vous verrez que dans tous les temps les soupçons de poison sont plus communs que le poison même.

Cet hommage lige qu’on rendait à la cour romaine pour les royaumes de Naples et de Sicile fut une des sources des calamités de ces provinces, de celles de la maison impériale de Souabe, et de celles de la maison d’Anjou, qui, après avoir dépouillé les héritiers légitimes, périt elle-même misérablement. Cet hommage fut d’abord, comme vous l’avez vu[1] une simple cérémonie pieuse

  1. Chapitre xl.