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CHAPITRE LX.


De l’Orient, et de Gengis-kan.


Au delà de la Perse, vers le Gion et l’Oxus, il s’était formé un nouvel empire des débris du califat. Nous l’appelons Carisme ou Kouaresme, du nom corrompu de ses conquérants. Sultan Mohammed y régnait à la fin du xiie siècle et au commencement du xiiie, quand la grande invasion des Tartares vint engloutir tant de vastes États. Mohammed le Carismin régnait du fond de l’Irac, qui est l’ancienne Médie, jusqu’au delà de la Sogdiane, et fort avant dans le pays des Tartares. Il avait encore ajouté à ses États une partie de l’Inde, et se voyait un des plus grands souverains du monde, mais reconnaissant toujours le calife qu’il dépouillait, et auquel il ne restait que Bagdad.

Par delà le Taurus et le Caucase, à l’orient de la mer Caspienne, et du Volga jusqu’à la Chine, et au nord jusqu’à la zone glaciale, s’étendent ces immenses pays des anciens Scythes, qui se nommèrent depuis Tatars, du nom de Tatar-kan, l’un de leurs plus grands princes, et que nous appelons Tartares. Ces pays paraissent peuplés de temps immémorial, sans qu’on y ait presque jamais bâti de villes, La nature a donné à ces peuples, comme aux Arabes bédouins, un goût pour la liberté et pour la vie errante qui leur a fait toujours regarder les villes comme les prisons où les rois, disent-ils, tiennent leurs esclaves.

Leurs courses continuelles, leur vie nécessairement frugale, peu de repos goûté en passant sous une tente, ou sur un chariot, ou sur la terre, en firent des générations d’hommes robustes, endurcis à la fatigue, qui, comme des bêtes féroces trop multipliées, se jetèrent loin de leurs tanières : tantôt vers les Palus-Méotides, lorsqu’ils chassèrent, au ve siècle, les habitants de ces contrées qui se précipitèrent sur l’empire romain ; tantôt à l’orient et au midi, vers l’Arménie et la Perse ; tantôt du côté de la Chine et jusqu’aux Indes. Ainsi ce vaste réservoir d’hommes ignorants et belliqueux a vomi ces inondations dans presque tout notre hémisphère, et les peuples qui habitent aujourd’hui ces déserts, privés de toute connaissance, savent seulement que leurs pères ont conquis le monde.

Chaque horde ou tribu avait son chef, et plusieurs chefs se