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mauvais pays de l’Asie. Cette petite province est dans sa longueur d’environ soixante-cinq lieues, et de vingt-trois en largeur ; elle est couverte presque partout de rochers arides sur lesquels il n’y a pas une ligne de terre. Si ce canton était cultivé, on pourrait le comparer à la Suisse. La rivière du Jourdain, large d’environ cinquante pieds dans le milieu de son cours, ressemble à la rivière d’Aar, chez les Suisses, qui coule dans une vallée plus fertile que d’autres cantons. La mer de Tibériade n’est pas comparable au lac de Genève. Les voyageurs qui ont bien examiné la Suisse et la Palestine donnent tous la préférence à la Suisse sans aucune comparaison. Il est vraisemblable que la Judée fut plus cultivée autrefois, quand elle était possédée par les Juifs. Ils avaient été forcés de porter un peu de terre sur les rochers pour y planter des vignes. Ce peu de terre, liée avec les éclats des rochers, était soutenu par de petits murs, dont on voit encore des restes de distance en distance.

Tout ce qui est situé vers le midi consiste en déserts de sables salés, du côté de la Méditerranée et de l’Égypte, et en montagnes affreuses, jusqu’à Ésiongaber, vers la mer Rouge. Ces sables et ces rochers, habités aujourd’hui par quelques Arabes voleurs, sont l’ancienne patrie des Juifs. Ils s’avancèrent un peu au nord dans l’Arabie Pétrée. Le petit pays de Jéricho, qu’ils envahirent, est un des meilleurs qu’ils possédèrent : le terrain de Jérusalem est bien plus aride ; il n’a pas même l’avantage d’être situé sur une rivière. Il y a très-peu de pâturages : les habitants n’y purent jamais nourrir de chevaux ; les ânes furent toujours la monture ordinaire. Les bœufs y sont maigres ; les moutons y réussissent mieux ; les oliviers en quelques endroits y produisent un fruit d’une bonne qualité. On y voit encore quelques palmiers ; et ce pays, que les Juifs améliorèrent avec beaucoup de peine, quand leur condition toujours malheureuse le leur permit, fut pour eux une terre délicieuse en comparaison des déserts de Sina, de Param, et de Cadès-Barné[1].

  1. Ceux qui douteraient que la Palestine n’ait été un pays très-peu fertile peuvent consulter deux graves dissertations sur cet objet important, par M. l’abbé Guénée, de l’Académie des inscriptions. Les preuves que l’on y trouve de la stérilité de ce pays sont d’autant plus décisives que l’intention de l’auteur était de prouver précisément le contraire. Les dissertations de l’abbé de Vertot sur l’authenticité de la sainte ampoule produisent le même effet ; mais on a soupçonné l’abbé de Vertot d’y avoir mis un peu de malice, ce dont on n’a garde de soupçonner son savant confrère. (K.) — Les dissertations ou mémoires de Guénée sur la Judée sont aujourd’hui au nombre de quatre. (B.)