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voudrait ainsi. C’est depuis ce temps que les rois de Sicile, seuls rois vassaux des papes, sont eux-mêmes d’autres papes dans cette île. Les pontifes de Rome, ainsi adorés et maltraités, ressemblaient aux idoles que les Indiens battent pour en obtenir des bienfaits.

Adrien IV se dédommageait avec les autres rois qui avaient besoin de lui. Il écrivait au roi d’Angleterre, Henri II : « On ne doute pas, et vous le savez, que l’Irlande et toutes les îles qui ont reçu la foi appartiennent à l’Église de Rome : or, si vous voulez entrer dans cette île pour en chasser les vices, y faire observer les lois, et faire payer le denier de saint Pierre par an pour chaque maison, nous vous l’accordons avec plaisir. »

Si quelques réflexions me sont permises dans cet Essai sur l’histoire de ce monde, je considère qu’il est bien étrangement gouverné. Un mendiant d’Angleterre, devenu évêque de Rome, donne de son autorité l’île d’Irlande à un homme qui veut l’usurper. Les papes avaient soutenu des guerres pour cette investiture par la crosse et l’anneau, et Adrien IV avait envoyé au roi Henri II un anneau en signe de l’investiture de l’Irlande. Un roi qui eût donné un anneau en conférant une prébende eût été sacrilège.

L’intrépide activité de Frédéric Barberousse suffisait à peine pour subjuguer et les papes qui contestaient l’empire, et Rome qui refusait le joug, et toutes les villes d’Italie qui voulaient la liberté. Il fallait réprimer en même temps la Bohême qui l’inquiétait, les Polonais qui lui faisaient la guerre. Il vint à bout de tout. La Pologne vaincue devint un État tributaire de l’empire (1158). Il pacifia la Bohême, érigée déjà en royaume par Henri IV, en 1086[1]. On dit que le roi de Danemark reçut de lui l’investiture. Il s’assura de la fidélité des princes de l’empire, en se rendant redoutable aux étrangers, et revola dans l’Italie, qui fondait sa liberté sur les embarras du monarque. Il la trouva toute en confusion, moins encore par ces efforts des villes pour leur liberté que par cette fureur de parti qui troublait, comme vous l’avez vu, toutes les élections des papes.

(1160) Après la mort d’Adrien IV, deux factions élisent en tumulte ceux qu’on nomme Victor IV et Alexandre III. Il fallait

  1. L’empereur Henri IV avait accordé le titre de roi à Vratislas II, sans que celui de royaume fût affecté au pays qu’il gouvernait. Cette singularité se présente plusieurs fois dans l’histoire de Bohême ; ce fut l’empereur Philippe qui, en 1198, créa héréditaire, en faveur de Prémislas II, le titre de roi de Bohème. Voyez plus loin la note de la page 409. (B.)