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roi, nous vous avons fait citoyen et notre prince, d’étranger que vous étiez », l’empereur, fatigué de tous côtés de tant d’orgueil, leur imposa silence, et leur dit en propres mots : « Rome n’est plus ce qu’elle a été ; il n’est pas vrai que vous m’ayez appelé et fait votre prince ; Charlemagne et Othon vous ont conquis par la valeur ; je suis votre maître par une possession légitime. » Il les renvoya ainsi, et fut inauguré hors des murs par le pape, qui lui mit le sceptre et l’épée en main, et la couronne sur la tête.

(1155, 18 juin) On savait si peu ce que c’était que l’empire, toutes les prétentions étaient si contradictoires, que, d’un côté, le peuple romain se souleva, et il y eut beaucoup de sang versé, parce que le pape avait couronné l’empereur sans l’ordre du sénat et du peuple ; et, de l’autre côté, le pape Adrien écrivait dans toutes ses lettres qu’il avait conféré à Frédéric le bénéfice de l’empire romain, beneficium imperii romani. Ce mot de beneficium signifiait un fief à la lettre. Il fit de plus exposer en public, à Rome, un tableau qui représentait Lothaire II aux genoux du pape Innocent II, tenant les mains jointes entre celles du pontife, ce qui était la marque distinctive de la vassalité. L’inscription du tableau était :

Rex venit ante fores, jurans prius urbis honores :
Post homo fit papæ, sumit quo dante coronam.
Le roi jure, à la porte, le maintien des honneurs de Rome, et devient vassal du pape, qui lui donne la couronne.


Frédéric, étant à Besançon (reste du royaume de Bourgogne, appartenant à Frédéric par son mariage), apprit ces attentats, et s’en plaignit. Un cardinal présent répondit : « Eh ! de qui tient-il donc l’empire, s’il ne le tient du pape ? » Othon, comte Palatin, fut près de le percer de l’épée de l’empire, qu’il tenait à la main. Le cardinal s’enfuit, le pape négocia. Les Allemands tranchaient tout alors par le glaive, et la cour romaine se sauvait par des équivoques.

Roger, vainqueur en Sicile des musulmans, et au royaume de Naples des chrétiens, avait, en baisant les pieds du pape Urbain II, son prisonnier, obtenu de lui l’investiture, et avait fait modérer la redevance à six cents besants d’or ou squifates, monnaie qui vaut environ dix livres de France d’aujourd’hui. Le pape Adrien, assiégé par Guillaume, lui céda jusqu’à des prétentions ecclésiastiques (1156). Il consentit qu’il n’y eût jamais dans l’île de Sicile ni légation, ni appellation au saint-siége, que quand le roi le