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verains en Allemagne, où le grand gouvernement féodal des seigneurs et des évêques commençait à jeter de profondes racines. Les princes normands, conquérants de la Pouille et de la Calabre, formaient une nouvelle puissance. L’exemple des Vénitiens inspirait aux grandes villes d’Italie l’amour de la liberté. Les papes n’étaient pas encore souverains, et voulaient l’être.

Le droit des empereurs de nommer les papes commençait à s’affermir ; mais on sent bien que tout devait changer à la première circonstance favorable. (1056) Elle arriva bientôt, à la minorité de l’empereur Henri IV, reconnu du vivant de Henri IV, son père, pour son successeur.

Dès le temps même de Henri III, la puissance impériale diminuait en Italie. Sa sœur, comtesse ou duchesse de Toscane, mère de cette véritable bienfaitrice des papes, la comtesse Mathilde d’Este, contribua plus que personne à soulever l’Italie contre son frère. Elle possédait, avec le marquisat de Mantoue, la Toscane, et une partie de la Lombardie. Ayant eu l’imprudence de venir à la cour d’Allemagne, on l’arrêta longtemps prisonnière. Sa fille, la comtesse Mathilde, hérita de son ambition, et de sa haine pour la maison impériale.

Pendant la minorité de Henri IV, les brigues, l’argent, et les guerres civiles, firent plusieurs papes. Enfin on élut, en 1061, Alexandre II, sans consulter la cour impériale. En vain cette cour nomma un autre pape : son parti n’était pas le plus fort en Italie ; Alexandre II l’emporta, et chassa de Rome son compétiteur. C’est ce même Alexandre II que nous avons vu vendre sa bénédiction au bâtard Guillaume de Normandie, usurpateur de l’Angleterre.

Henri IV, devenu majeur, se vit empereur d’Italie et d’Allemagne presque sans pouvoir. Une partie des princes séculiers et ecclésiastiques de sa patrie se liguèrent contre lui, et l’on sait qu’il ne pouvait être maître de l’Italie qu’à la tête d’une armée, qui lui manquait. Son pouvoir était peu de chose, son courage était au-dessus de sa fortune.

(1073) Quelques auteurs rapportent qu’étant accusé, dans la diète de Vurtzbourg, d’avoir voulu faire assassiner les ducs de Souabe et de Carinthie, il offrit de se battre en duel contre l’accusateur, qui était un simple gentilhomme. Le jour fut déterminé pour le combat ; et l’accusateur, en ne paraissant pas, sembla justifier l’empereur.

Dès que l’autorité d’un prince est contestée, ses mœurs sont toujours attaquées. On lui reprochait publiquement d’avoir des