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le Conquérant fit dire au pape qu’il pourrait bien continuer l’aumône ; mais, au lieu de faire hommage, il fit défense, en Angleterre, de reconnaître d’autre pape que celui qu’il approuverait. La proposition de Grégoire VII devint par là ridicule à force d’être audacieuse. C’est ce même pape qui bouleversait l’Europe pour élever le sacerdoce au-dessus de l’empire ; mais, avant de parler de cette querelle mémorable, et des croisades qui prirent naissance dans ces temps, il faut voir en peu de mots dans quel état étaient les autres pays de l’Europe.

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CHAPITRE XLIII.


De l’état de l’Europe aux xe et xie siècles.


La Moscovie, ou plutôt la Ziovie, avait commencé à connaître un peu de christianisme vers la fin du xe siècle. Les femmes étaient destinées à changer la religion des royaumes. Une sœur des empereurs Basile et Constantin, mariée à un grand-duc ou grand-knès de Moscovie, nommé Volodimer, obtint de son mari qu’il se fît baptiser. Les Moscovites, quoique esclaves de leur maître, ne suivirent qu’avec le temps son exemple ; et enfin, dans ces siècles d’ignorance, ils ne prirent guère du rite grec que les superstitions.

Au reste, les ducs de Moscovie ne se nommaient pas encore czars, ou tsars, ou tchards ; ils n’ont pris ce titre que quand ils ont été les maîtres des pays vers Casan appartenant à des tsars. C’est un terme slavon imité du persan ; et dans la bible slavonne le roi David est appelé le csar David.

Environ dans ce temps-là une femme attira encore la Pologne au christianisme, Micislas, duc de Pologne, fut converti par sa femme, sœur du duc de Bohême. J’ai déjà remarqué[1] que les Bulgares avaient reçu la foi de la même manière. Giselle, sœur de l’empereur Henri II, fit encore chrétien son mari, roi de Hongrie, dans la première année du xie siècle ; ainsi il est très-vrai que la moitié de l’Europe doit aux femmes son christianisme.

La Suède, où il avait été prêché dès le ixe siècle, était redeve-

  1. Chapitre xxxi.