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geaient alors. (1067) Les Mahométans et les Grecs se soumirent, à condition qu’ils conserveraient leurs religions et leurs usages.

Il fallait achever la conquête de tout ce qui compose aujourd’hui le royaume de Naples. Il restait encore des princes de Salerne, descendants de ceux qui avaient les premiers attiré les Normands dans ce pays. Les Normands enfin les chassèrent ; le duc Robert leur prit Salerne : ils se réfugièrent dans la campagne de Rome, sous la protection de Grégoire VII, de ce même pape qui faisait trembler les empereurs. Robert, ce vassal et ce défenseur de l’Église, les y poursuit : Grégoire VII ne manque pas de l’excommunier ; et le fruit de l’excommunication est la conquête de tout le Bénéventin, que fait Robert après la mort du dernier duc de Bénévent de la race lombarde.

Grégoire VII, que nous verrons si fier et si terrible avec les empereurs et les rois, n’a plus que des complaisances pour l’excommunié Robert. (1077) Il lui donne l’absolution, et en reçoit la ville de Bénévent, qui depuis ce temps-là est toujours demeurée au saint-siège.

Bientôt après éclatent les grandes querelles, dont nous parlerons, entre l’empereur Henri IV et ce même Grégoire VII. (1084) Henri s’était rendu maître de Rome, et assiégeait le pape dans ce château qu’on a depuis appelé le château Saint-Ange. Robert accourt alors de la Dalmatie, où il faisait des conquêtes nouvelles, délivre le pape, malgré les Allemands et les Romains, réunis contre lui, se rend maître de sa personne, et l’emmène à Salerne, où ce pape, qui déposait tant de rois, mourut le captif et le protégé d’un gentilhomme normand.

Il ne faut point être étonné si tant de romans nous représentent des chevaliers errants devenus de grands souverains par leurs exploits, et entrant dans la famille des empereurs. C’est précisément ce qui arriva à Robert Guiscard, et ce que nous verrons plus d’une fois au temps des croisades. Robert maria sa fille à Constantin, fils de l’empereur de Constantinople, Michel Ducas. Ce mariage ne fut pas heureux. Il eut bientôt sa fille et son gendre à venger, et résolut d’aller détrôner l’empereur d’Orient après avoir humilié celui d’Occident.

La cour de Constantinople n’était qu’un continuel orage. Michel Ducas fut chassé du trône par Nicéphore, surnommé Botoniate. Constantin, gendre de Robert, fut fait eunuque ; et enfin Alexis Comnène, qui eut depuis tant à se plaindre des croisés, monta sur le trône. (1084) Robert, pendant ces révolutions, s’avançait déjà par la Dalmatie, par la Macédoine, et portait la terreur jusqu’à Constan-