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nies du sacre et de l’huile sainte qu’on avait employées pour l’usurpateur Pépin, père de Charlemagne. Les ducs de Bénévent s’étaient toujours fait sacrer ainsi. Les successeurs de Richard en usèrent de même. Rien ne fait mieux voir que chacun établit les usages à son choix.

Robert Guiscard, duc de la Pouille et de la Calabre, Richard, comte d’Averse et de Capoue, tous deux par le droit de l’épée, tous deux voulant être indépendants des empereurs, mirent en usage pour leurs souverainetés une précaution que beaucoup de particuliers prenaient, dans ces temps de troubles et de rapines, pour leurs biens de patrimoine : on les donnait à l’Église sous le nom d’offrande, d’oblata, et on en jouissait moyennant une légère redevance ; c’était la ressource des faibles, dans les gouvernements orageux de l’Italie. Les Normands, quoique puissants, l’employèrent comme une sauvegarde contre des empereurs qui pouvaient devenir plus puissants. Robert Guiscard, et Richard de Capoue, excommuniés par le pape Léon IX, l’avaient tenu en captivité. Ces mêmes vainqueurs, excommuniés par Nicolas II, lui rendirent hommage.

(1059) Robert Guiscard et le comte de Capoue mirent donc sous la protection de l’Église, entre les mains de Nicolas II, non-seulement tout ce qu’ils avaient pris, mais tout ce qu’ils pourraient prendre. Le duc Robert fit hommage de la Sicile même qu’il n’avait point encore. Il se déclara feudataire du saint-siège pour tous ses États, promit une redevance de douze deniers par chaque charrue, ce qui était beaucoup. Cet hommage était un acte de piété politique, qui pouvait être regardé comme le denier de saint Pierre que payait l’Angleterre au saint-siège, comme les deux livres d’or que lui donnèrent les premiers rois de Portugal ; enfin comme la soumission volontaire de tant de royaumes à l’Église.

Mais selon toutes les lois du droit féodal, établies en Europe, ces princes, vassaux de l’empire, ne pouvaient choisir un autre suzerain. Ils devenaient coupables de félonie envers l’empereur ; ils le mettaient en droit de confisquer leurs États. Les querelles qui survinrent entre le sacerdoce et l’empire, et encore plus les propres forces des princes normands, mirent les empereurs hors d’état d’exercer leurs droits. Ces conquérants, en se faisant vassaux des papes, devinrent les protecteurs, et souvent les maîtres de leurs nouveaux suzerains. Le duc Robert ayant reçu un étendard du pape, et devenu capitaine de l’Église, de son ennemi qu’il était, passe en Sicile avec son frère Roger : ils font la conquête de cette île sur les Grecs et sur les Arabes, qui la parta-