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encore ; dans la plupart des tribunaux on admet cette maxime : Nulle terre sans seigneur ; comme si ce n’était pas assez d’appartenir à la patrie.

Quand la France, l’Italie, et l’Allemagne, furent ainsi partagées sous un nombre innombrable de petits tyrans, les armées, dont la principale force avait été l’infanterie, sous Charlemagne ainsi que sous les Romains, ne furent plus que de la cavalerie. On ne connut plus que les gendarmes ; les gens de pied n’avaient pas ce nom, parce que, en comparaison des hommes de cheval, ils n’étaient point armés.

Les moindres possesseurs de châtellenies ne se mettaient en campagne qu’avec le plus de chevaux qu’ils pouvaient ; et le faste consistait alors à mener avec soi des écuyers, qu’on appela vaslets, du mot vassalet, petit vassal. L’honneur étant donc mis à ne combattre qu’à cheval, on prit l’habitude de porter une armure complète de fer, qui eût accablé un homme à pied de son poids. Les brassards, les cuissards, furent une partie de l’habillement. On prétend que Charlemagne en avait eu ; mais ce fut vers l’an 1000 que l’usage en fut commun.

Quiconque était riche devint presque invulnérable à la guerre ; et c’était alors qu’on se servit plus que jamais de massues, pour assommer ces chevaliers que les pointes ne pouvaient percer. Le plus grand commerce alors fut en cuirasses, en boucliers, en casques ornés de plumes.

Les paysans qu’on traînait à la guerre, seuls exposés et méprisés, servaient de pionniers plutôt que de combattants. Les chevaux, plus estimés qu’eux, furent bardés de fer ; leur tête fut armée de chanfreins.

On ne connut guère alors de lois que celles que les plus puissants firent pour le service des fiefs. Tous les autres objets de la justice distributive furent abandonnés au caprice des maîtres-d’hôtel, prévôts, baillis, nommés par les possesseurs des terres.

Les sénats de ces villes, qui, sous Charlemagne et sous les Romains, avaient joui du gouvernement municipal, furent abolis presque partout. Le mot de senior, seigneur, affecté longtemps à ces principaux du sénat des villes, ne fut plus donné qu’aux possesseurs des fiefs.

Le terme de pair commençait alors à s’introduire dans la langue gallo-tudesque, qu’on parlait en France. On sait qu’il venait du mot latin par, qui signifie égal ou confrère. On ne s’en était servi que dans ce sens sous la première et la seconde race des rois de France. Les enfants de Louis le Débonnaire s’appe-