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Jean X, que l’amour fit pape, était un homme de génie et de courage : il fit ce que tous les papes ses prédécesseurs n’avaient pu faire ; il chassa les Sarrasins de cette partie de l’Italie nommée le Garillan.

Pour réussir dans cette expédition, il eut l’adresse d’obtenir des troupes de l’empereur de Constantinople, quoique cet empereur eût à se plaindre autant des Romains rebelles que des Sarrasins. Il fit armer le comte de Capoue ; il obtint des milices de Toscane, et marcha lui-même à la tête de cette armée, menant avec lui un jeune fils de Marozie et du marquis Adelbert. Ayant chassé les mahométans du voisinage de Rome, il voulait aussi délivrer l’Italie des Allemands et des autres étrangers.

L’Italie était envahie presque à la fois par les Bérengers, par un roi de Bourgogne, par un roi d’Arles. Il les empêcha tous de dominer dans Rome. Mais au bout de quelques années, Guido, frère utérin de Hugo, roi d’Arles, tyran de l’Italie, ayant épousé Marozie toute-puissante à Rome, cette même Marozie conspira contre le pape, si longtemps amant de sa sœur. Il fut surpris, mis aux fers, et étouffé entre deux matelas.

(928) Marozie, maîtresse de Rome, fit élire pape un nommé Léon, qu’elle fit mourir en prison au bout de quelques mois. Ensuite, ayant donné le siège de Rome à un homme obscur, qui ne vécut que deux ans, (931) elle mit enfin sur la chaire pontificale Jean XI, son propre fils, qu’elle avait eu de son adultère avec Sergius III.

Jean XI n’avait que vingt-quatre ans quand sa mère le fit pape ; elle ne lui conféra cette dignité qu’à condition qu’il s’en tiendrait uniquement aux fonctions d’évêque, et qu’il ne serait que le chapelain de sa mère.

On prétend que Marozie empoisonna alors son mari Guido, marquis de Toscanelle. Ce qui est vrai, c’est qu’elle épousa le frère de son mari, Hugo, roi de Lombardie, et le mit en possession de Rome, se flattant d’être avec lui impératrice ; mais un fils du premier lit de Marozie se mit alors à la tête des Romains contre sa mère, chassa Hugo de Rome, renferma Marozie et le pape son fils dans le môle d’Adrien, qu’on appelle aujourd’hui le château Saint-Ange. On prétend que Jean XI y mourut empoisonné.

Un Étienne VIII ou IX, Allemand de naissance, élu en 939, fut par cette naissance seule si odieux aux Romains que, dans une sédition, le peuple lui balafra le visage au point qu’il ne put jamais depuis paraître en public.

(956) Quelque temps après, un petit-fils de Marozie, nommé