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son partage soit avec Judas. » Le concile s’écrie : « Longues années au patriarche Photius, et au patriarche de Rome, Jean ! »

Enfin, à la suite des actes du concile on voit une lettre du pape à ce savant patriarche, dans laquelle il lui dit : « Nous pensons comme vous ; nous tenons pour transgresseurs de la parole de Dieu, nous rangeons avec Judas, ceux qui ont ajouté au symbole que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils ; mais nous croyons qu’il faut user de douceur avec eux, et les exhorter à renoncer à ce blasphème. »

Il est donc clair que l’Église romaine et la grecque pensaient alors différemment de ce qu’on pense aujourd’hui. L’Église romaine adopta depuis la procession du Père et du Fils ; et il arriva même qu’en 1274 l’empereur des Grecs, Michel Paléologue, implorant contre les Turcs une nouvelle croisade, envoya au second concile de Lyon son patriarche et son chancelier, qui chantèrent avec le concile, en latin, qui ex Patre Filioque procedit. Mais l’Église grecque retourna encore à son opinion, et sembla la quitter encore dans la réunion passagère qui se fit avec Eugène IV. Que les hommes apprennent de là à se tolérer les uns les autres. Voilà des variations et des disputes sur un point fondamental, qui n’ont ni excité de troubles, ni rempli les prisons, ni allumé les bûchers.

On a blâmé les déférences du pape Jean VIII pour le patriarche Photius ; on n’a pas assez songé que ce pontife avait alors besoin de l’empereur Basile. Un roi de Bulgarie, nommé Bogoris, gagné par l’habileté de sa femme, qui était chrétienne, s’était converti, à l’exemple de Clovis et du roi Egbert. Il s’agissait de savoir de quel patriarcat cette nouvelle province chrétienne dépendrait. Constantinople et Rome se la disputaient. La décision dépendait de l’empereur Basile. Voilà en partie le sujet des complaisances qu’eut l’évêque de Rome pour celui de Constantinople.

Il ne faut pas oublier que dans ce concile, ainsi que dans le précédent, il y eut des cardinaux. On nommait ainsi des prêtres et des diacres qui servaient de conseils aux métropolitains. Il y en avait à Rome comme dans d’autres Églises. Ils étaient déjà distingués, mais ils signaient après les évêques et les abbés.

Le pape donna, par ses lettres et par ses légats, le titre de votre sainteté au patriarche Photius. Les autres patriarches sont aussi appelés papes dans ce concile. C’est un nom grec, commun à tous les prêtres, et qui peu à peu est devenu le titre distinctif du métropolitain de Rome.

Il parait que Jean VIII se conduisait avec prudence ; car ses