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(862) Le succès de cette épreuve passait pour un miracle, pour le jugement de Dieu même ; et cependant Teutberge, que le ciel justifie, avoue à plusieurs évêques, en présence de son confesseur, qu’elle est coupable. Il n’y a guère d’apparence qu’un roi qui voulait se séparer de sa femme sur une imputation d’adultère eût imaginé de l’accuser d’un inceste avec son frère, si le fait n’avait pas été public. On ne va pas supposer un crime si recherché, si rare, si difficile à prouver : il faut d’ailleurs que, dans ces temps-là, ce qu’on appelle aujourd’hui honneur ne fût point du tout connu. Le roi et la reine se couvrent tous deux de honte, l’un par son accusation, l’autre par son aveu. Deux conciles nationaux sont assemblés, qui permettent le divorce.

Le pape Nicolas Ier casse les deux conciles. Il dépose Gontier, archevêque de Cologne, qui avait été le plus ardent dans l’affaire du divorce. Gontier écrit aussitôt à toutes les églises : « Quoique le seigneur Nicolas, qu’on nomme pape, et qui se compte pape et empereur, nous ait excommunié, nous avons résisté à sa folie. » Ensuite dans son écrit, s’adressant au pape même : « Nous ne recevons point, dit-il, votre maudite sentence ; nous la méprisons ; nous vous rejetons vous-même de notre communion, nous contentant de celle des évêques, nos frères, que vous méprisez, etc. »

Un frère de l’archevêque de Cologne porta lui-même cette protestation à Rome, et la mit, l’épée à la main, sur le tombeau où les Romains prétendent que reposent les cendres de saint Pierre. Mais bientôt après, l’état politique des affaires ayant changé, ce même archevêque changea aussi. Il vint au mont Cassin se jeter aux genoux du pape Adrien II, successeur de Nicolas. « Je déclare, dit-il, devant Dieu et devant ses saints, à vous monseigneur Adrien, souverain pontife, aux évêques qui vous sont soumis, et à toute l’assemblée, que je supporte humblement la sentence de déposition donnée canoniquement contre moi par le pape Nicolas, etc. » On sent combien un exemple de cette espèce affermissait la supériorité de l’Église romaine ; et les conjonctures rendaient ces exemples fréquents.

Ce même Nicolas Ier excommunie la seconde femme de Lothaire, et ordonne à ce prince de reprendre la première. Toute l’Europe prend part à ces événements. L’empereur Louis II, frère de Charles le Chauve, et oncle de Lothaire, se déclare d’abord violemment pour son neveu contre le pape. Cet empereur, qui résidait alors en Italie, menace Nicolas Ier; il y a du sang de répandu, et l’Italie est en alarme. On négocie, on cabale