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nemis inconciliables qui, joints aux Sarrasins, ravagèrent l’Asie Mineure jusqu’aux portes de la ville impériale, dépeuplée par une peste horrible, en 842, et devenue un objet de pitié.

La peste, proprement dite, est une maladie particulière aux peuples de l’Afrique, comme la petite vérole. C’est de ces pays qu’elle vient toujours par des vaisseaux marchands. Elle inonderait l’Europe, sans les sages précautions qu’on prend dans nos ports ; et probablement l’inattention du gouvernement laissa entrer la contagion dans la ville impériale.

Cette même inattention exposa l’empire à un autre fléau. Les Russes s’embarquèrent vers le port qu’on nomme aujourd’hui Azof, sur la mer Noire, et vinrent ravager tous les rivages du Pont-Euxin. Les Arabes, d’un autre côté, poussèrent encore leurs conquêtes par delà l’Arménie, et dans l’Asie Mineure. Enfin Michel le Jeune, après un règne cruel et infortuné, fut assassiné par Basile, qu’il avait tiré de la plus basse condition pour l’associer à l’empire (807).

L’administration de Basile ne fut guère plus heureuse. C’est sous son règne qu’est l’époque du grand schisme qui divisa l’Église grecque de la latine. C’est cet assassin qu’on regarda comme juste, quand il fit déposer le patriarche Photius.

Les malheurs de l’empire ne furent pas beaucoup réparés sous Léon, qu’on appela le Philosophe ; non qu’il fût un Antonin, un Marc-Aurèle, un Julien, un Aaron-al-Raschild, un Alfred, mais parce qu’il était savant. Il passe pour avoir le premier ouvert un chemin aux Turcs, qui, si longtemps après, ont pris Constantinople.

Les Turcs, qui combattirent depuis les Sarrasins, et qui, mêlés à eux, furent leur soutien et les destructeurs de l’empire grec, avaient-ils déjà envoyé des colonies dans ces contrées voisines du Danube ? On n’a guère d’histoires véritables de ces émigrations des barbares.

Il n’y a que trop d’apparence que les hommes ont ainsi vécu longtemps. A peine un pays était un peu cultivé, qu’il était envahi par une nation affamée, chassée à son tour par une autre. Les Gaulois n’étaient-ils pas descendus en Italie ? n’avaient-ils pas couru jusque dans l’Asie Mineure ? vingt peuples de la Grande-Tartarie n’ont-ils pas cherché de nouvelles terres ? les Suisses n’avaient-ils pas mis le feu à leurs bourgades, pour aller se transplanter en Languedoc, quand César les contraignit de retourner labourer leurs terres ? Et qu’étaient Pharamond et Clovis, sinon des barbares transplantés qui ne trouvèrent point de César ?