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officier, nommé Michel le Bègue, condamné à la mort par le sénat, et qui, au lieu d’être exécuté, reçoit la pourpre impériale. Ce fut lui qui, étant amoureux d’une religieuse, se fit prier par le sénat de l’épouser, sans qu’aucun évêque osât être d’un sentiment contraire. Ce fait est d’autant plus digne d’attention que, presque en même temps, on voit Euphemius, en Sicile, poursuivi criminellement pour un semblable mariage ; et, quelque temps après, on condamne à Constantinople le mariage très-légitime de l’empereur Léon le Philosophe. Où est donc le pays où l’on trouve alors des lois et des mœurs ? ce n’est pas dans notre Occident.

Cette ancienne querelle des images troublait toujours l’empire. La cour était tantôt favorable, tantôt contraire à leur culte, selon qu’elle voyait pencher l’esprit du plus grand nombre. Michel le Bègue commença par les consacrer, et finit par les abattre.

Son successeur Théophile, qui régna environ douze ans, depuis 829 jusqu’à 842, se déclara contre ce culte : on a écrit qu’il ne croyait point à la résurrection, qu’il niait l’existence des démons, et qu’il n’admettait pas Jésus-Christ pour Dieu. Il se peut faire qu’un empereur pensât ainsi ; mais faut-il croire, je ne dis pas sur les princes seulement, mais sur les particuliers, la voix des ennemis, qui, sans prouver aucun fait, décrient la religion et les mœurs des hommes qui n’ont pas pensé comme eux ?

Ce Théophile, fils de Michel le Bègue, fut presque le seul empereur qui eût succédé paisiblement à son père depuis deux siècles. Sous lui les adorateurs des images furent plus persécutés que jamais. On conçoit aisément, par ces longues persécutions, que tous les citoyens étaient divisés.

Il est remarquable que deux femmes aient rétabli les images. L’une est l’impératrice Irène, veuve de Léon IV ; et l’autre, l’impératrice Théodora, veuve de Théophile.

Théodora, maîtresse de l’empire d’Orient sous le jeune Michel, son fils, persécuta à son tour les ennemis des images. Elle porta son zèle ou sa politique plus loin. Il y avait encore dans l’Asie Mineure un grand nombre de manichéens qui vivaient paisibles, parce que la fureur d’enthousiasme, qui n’est guère que dans les sectes naissantes, était passée. Ils étaient riches par le commerce. Soit qu’on en voulût à leurs opinions ou à leurs biens, on fit contre eux des édits sévères, qui furent exécutés avec cruauté. La persécution leur rendit leur premier fanatisme. (846) On en fit périr des milliers dans les supplices ; le reste, désespéré, se révolta. Il en passa plus de quarante mille chez les musulmans ; et ces manichéens, auparavant si tranquilles, devinrent des en-