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nouveaux pirates venaient encore presque chaque année disputer aux premiers usurpateurs le peu de dépouilles qui pouvaient rester.

Alfred, n’ayant pour lui qu’une province de l’ouest, fut vaincu d’abord en bataille rangée par ces barbares, et abandonné de tout le monde. Il ne se retira point à Rome dans le collège anglais, comme Butred son oncle, devenu roi d’une petite province, et chassé par les Danois ; mais, seul et sans secours, il voulut périr ou venger sa patrie. Il se cacha six mois chez un berger dans une chaumière environnée de marais. Le seul comte de Dévon, qui défendait encore un faible château, savait son secret. Enfin, ce comte ayant rassemblé des troupes et gagné quelque avantage, Alfred, couvert des haillons d’un berger, osa se rendre dans le camp des Danois, en jouant de la harpe. Voyant ainsi par ses yeux la situation du camp et ses défauts, instruit d’une fête que les barbares devaient célébrer, il court au comte de Dévon, qui avait des milices prêtes ; il revient aux Danois avec une petite troupe, mais déterminée ; il les surprend, et remporte une victoire complète. La discorde divisait alors les Danois. Alfred sut négocier comme combattre ; et, ce qui est étrange, les Anglais et les Danois le reconnurent unanimement pour roi. Il n’y avait plus à réduire que Londres ; il la prit, la fortifia, l’embellit, équipa des flottes, contint les Danois d’Angleterre, s’opposa aux descentes des autres, et s’appliqua ensuite, pendant douze années d’une possession paisible, à policer sa patrie. Ses lois furent douces, mais sévèrement exécutées. C’est lui qui fonda les jurés, qui partagea l’Angleterre en sbires ou comtés, et qui le premier encouragea ses sujets à commercer. Il prêta des vaisseaux et de l’argent à des hommes entreprenants et sages, qui allèrent jusqu’à Alexandrie, et de là, passant l’isthme de Suez, trafiquèrent dans la mer de Perse. Il institua des milices, il établit divers conseils, mit partout la règle, et la paix qui en est la suite.

Qui croirait même que cet Alfred, dans des temps d’une ignorance générale, osa envoyer un vaisseau pour tenter de trouver un passage aux Indes par le nord de l’Europe et de l’Asie ? On a la relation de ce voyage écrite en anglo-saxon, et traduite en latin, à Copenhague, à la prière du comte de Plelo, ambassadeur de Louis XV. Alfred est le premier auteur de ces tentatives hardies que les Anglais, les Hollandais, et les Russes, ont faites dans nos derniers temps. On voit par là combien ce prince était au-dessus de son siècle.

Il n’est point de véritablement grand homme qui n’ait un bon