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dans un concile de Tolède. Il s’était mis dans un cloître. Son successeur, Hervique, avait reconnu qu’il tenait sa couronne des évêques. Ce fait était cité, comme si un exemple pouvait justifier un attentat. On alléguait encore la pénitence de l’empereur Théodose ; mais elle fut bien différente. Il avait fait massacrer quinze mille citoyens à Thessalonique, non pas dans un mouvement de colère, comme on le dit tous les jours très-faussement dans de vains panégyriques, mais après une longue délibération. Ce crime réfléchi pouvait attirer sur lui la vengeance des peuples, qui ne l’avaient pas élu pour en être égorgés. Saint Ambroise fit une très-belle action en lui refusant l’entrée de l’église, et Théodose en fit une très-sage d’apaiser un peu la haine de l’empire, en s’abstenant d’entrer dans l’église pendant huit mois. Est-ce une satisfaction pour le forfait le plus horrible dont jamais un souverain se soit souillé, d’être huit mois sans entendre la grand’messe ?

Louis fut enfermé un an dans une cellule du couvent de Saint-Médard de Soissons, vêtu du sac de pénitent, sans domestiques, sans consolation, mort pour le reste du monde. S’il n’avait eu qu’un fils, il était perdu pour toujours ; mais ses trois enfants disputant ses dépouilles, leur désunion rendit au père sa liberté et sa couronne.

(834) Transféré à Saint-Denis, deux de ses fils, Louis et Pepin, vinrent le rétablir, et remettre en ses bras sa femme et son fils Charles. L’assemblée de Soissons est anathématisée par une autre à Thionville ; mais il n’en coûta à l’archevêque de Reims que la perte de son siège ; encore fut-il jugé et déposé dans la sacristie : l’empereur l’avait été en public, au pied de l’autel. Quelques évêques furent déposés aussi. L’empereur ne put ou n’osa les punir davantage.

Bientôt après, un de ces mêmes enfants qui l’avaient rétabli, Louis de Bavière, se révolte encore. Le malheureux père mourut de chagrin dans une tente, auprès de Mayence, en disant : « Je pardonne à Louis ; mais qu’il sache qu’il m’a donné la mort. » (20 juin 840.)

Il confirma, dit-on, solennellement par son testament la donation de Pepin et de Charlemagne à l’Église de Rome.

Les mêmes doutes s’élèvent sur cette confirmation, et sur les dons qu’elle ratifie. Il est difficile de croire que Charlemagne et son fils aient donné aux papes Venise, la Sicile, la Sardaigne, et la Corse, pays sur lesquels ils n’avaient, tout au plus, que la prétention disputée du domaine suprême. Et dans quel