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missaire, et on disait : « Ma chère fille, un usage ancien et impie ôte parmi nous toute portion paternelle aux filles ; mais ayant considéré cette impiété, j’ai vu que, comme vous m’avez été donnés tous de Dieu également, je dois vous aimer de même : ainsi, ma chère fille, je veux que vous héritiez par portion égale avec vos frères dans toutes mes terres, etc. »

On ne connaissait point chez les Francs, qui vivaient suivant la loi salique et ripuaire, cette distinction de nobles et de roturiers, de nobles de nom et d’armes, et de nobles ab avo, ou gens vivant noblement. Il n’y avait que deux ordres de citoyens : les libres et les serfs, à peu près comme aujourd’hui dans les empires mahométans, et à la Chine. Le terme nobilis n’est employé qu’une seule fois dans les Capitulaires, au livre Ve, pour signifier les officiers, les comtes, les centeniers.

Toutes les villes de l’Italie et de la France étaient gouvernées selon leur droit municipal. Les tributs qu’elles payaient au souverain consistaient en foderum, paratum, mansionaticum, fourrages, vivres, meubles de séjour. Les empereurs et les rois entretinrent longtemps leurs cours avec leurs domaines, et ces droits étaient payés en nature quand ils voyageaient. Il nous reste un capitulaire de Charlemagne concernant ses métairies. Il entre dans le plus grand détail. Il ordonne qu’on lui rende un compte exact de ses troupeaux. Un des grands biens de la campagne consistait en abeilles, ce qui prouve que beaucoup de terres restaient en friche. Enfin les plus grandes choses et les plus petites de ce temps-là nous font voir des lois, des mœurs, et des usages, dont à peine il reste des traces.

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CHAPITRE XXIII.


Louis le faible, ou le débonnaire, déposé par ses enfants
et par ses prélats.


L’histoire des grands événements de ce monde n’est guère que l’histoire des crimes. Il n’est point de siècle que l’ambition des séculiers et des ecclésiastiques n’ait rempli d’horreurs.

À peine Charlemagne est-il au tombeau qu’une guerre civile désole sa famille et l’empire.