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Danemark. qu’on appelait le pays des Normands, avaient un culte que nous appelons ridiculement idolâtrie. La religion des idolâtres serait celle qui attribuerait la puissance divine à des figures, à des images ; ce n’était pas celle des Scandinaves : ils n’avaient ni peintre ni sculpteur. Ils adoraient Odin ; et ils se figuraient qu’après la mort le bonheur de l’homme consistait à boire, dans la salle d’Odin, de la bière dans le crâne de ses ennemis. On a encore de leurs anciennes chansons traduites, qui expriment cette idée. Il y avait longtemps que les peuples du Nord croyaient une autre vie. Les druides avaient enseigné aux Celtes qu’ils renaîtraient pour combattre, et les prêtres de la Scandinavie persuadaient aux hommes qu’ils boiraient de la bière après leur mort.

La Pologne n’était ni moins barbare ni moins grossière. Les Moscovites, aussi sauvages que le reste de la Grande-Tartarie, en savaient à peine assez pour être païens ; mais tous ces peuples vivaient en paix dans leur ignorance, heureux d’être inconnus à Charlemagne, qui vendait si cher la connaissance du christianisme.

Les Anglais commençaient à recevoir la religion chrétienne. Elle leur avait été apportée par Constance Chlore, protecteur secret de cette religion, alors opprimée. Elle n’y domina point ; l’ancien culte du pays eut le dessus encore longtemps. Quelques missionnaires des Gaules cultivèrent grossièrement un petit nombre de ces insulaires. Le fameux Pélage, trop zélé défenseur de la nature humaine, était né en Angleterre ; mais il n’y fut point élevé, et il faut le compter parmi les Romains.

L’Irlande, qu’on appelait Écosse, et l’Écosse connue alors sous le nom d’Albanie, ou du pays des Pictes, avaient reçu aussi quelques semences du christianisme, étouffées toujours par l’ancien culte qui dominait. Le moine Colomban, né en Irlande, était du vie siècle ; mais il paraît, par sa retraite en France, et par les monastères qu’il fonda en Bourgogne, qu’il y avait peu à faire, et beaucoup à craindre pour ceux qui cherchaient en Irlande et en Angleterre de ces établissements riches et tranquilles qu’on trouvait ailleurs à l’abri de la religion.

Après une extinction presque totale du christianisme dans l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande, la tendresse conjugale l’y fit renaître. Éthelbert, un des rois barbares anglo-saxons de l’heptarchie d’Angleterre, qui avait son petit royaume dans la province de Kent, où est Cantorbéry, voulut s’allier avec un roi de France. Il épousa la fille de Childebert, roi de Paris. Cette princesse chrétienne, qui passa la mer avec un évêque de Soissons,