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la relation de la victoire que remporta Charles d’Anjou sur Mainfroi, en 1264, rapporte que ses chevaliers communièrent avec le pain et le vin avant la bataille. L’usage de tremper le pain dans le vin s’était établi avant Charlemagne ; celui de sucer le vin avec un chalumeau, ou un siphon de métal, ne s’introduisit qu’environ deux cents ans après, et fut bientôt aboli. Tous ces rites, toutes ces pratiques, changèrent selon la conjoncture des temps, et selon la prudence des pasteurs, ou selon le caprice, comme tout change.

L’Église latine était la seule qui priât dans une langue étrangère, inconnue au peuple. Les inondations des barbares qui avaient introduit dans l’Europe leurs idiomes en étaient cause. Les Latins étaient encore les seuls qui conférassent le baptême par la seule aspersion : indulgence très-naturelle pour des enfants nés dans les climats rigoureux du septentrion, et convenance décente dans le climat chaud d’Italie. Les cérémonies du baptême des adultes, et de celui qu’on donnait aux enfants, n’étaient pas les mêmes : cette différence était indiquée par la nature.

La confession auriculaire s’était introduite, dit-on, dès le vie siècle. Les évêques exigèrent d’abord que les clercs se confessassent à eux deux fois l’année, par les canons du concile d’Attigny, en 363 ; et c’est la première fois qu’elle fut commandée expressément. Les abbés soumirent leurs moines à ce joug, et les séculiers peu à peu le portèrent. La confession publique ne fut jamais en usage dans l’Occident ; car, lorsque les barbares embrassèrent le christianisme, les abus et les scandales qu’elle entraînait après elle l’avaient abolie en Orient, sous le patriarche Nectaire, à la fin du ive siècle ; mais souvent les pécheurs publics faisaient des pénitences publiques dans les églises d’Occident, surtout en Espagne, où l’invasion des Sarrasins redoublait la ferveur des chrétiens humiliés. Je ne vois aucune trace, jusqu’au xiie siècle, de la formule de la confession, ni des confessionnaux établis dans les églises, ni de la nécessité préalable de se confesser immédiatement avant la communion.

Vous observerez que la confession auriculaire n’était point reçue aux viiie et ixe siècles dans les pays au delà de la Loire, dans le Languedoc, dans les Alpes. Alcuin s’en plaint dans ses lettres. Les peuples de ces contrées semblent avoir eu toujours quelques dispositions à s’en tenir aux usages de la primitive Église, et à rejeter les dogmes et les coutumes que l’Église plus étendue jugea convenable d’adopter.

Aux viiie et ixe siècles il y avait trois carêmes, et quelquefois quatre, comme dans l’Église grecque ; et on se confessait d’ordi-