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qu’au temps de Frédéric II, et on le parle encore dans quelques villages des Grisons, et vers la Suisse.

Les vêtements, qui ont toujours changé en Occident depuis la ruine de l’empire romain, étaient courts, excepté aux jours de cérémonie, où la saie était couverte d’un manteau souvent doublé de pelleterie. On tirait, comme aujourd’hui, ces fourrures du Nord, et surtout de la Russie. La chaussure des Romains s’était conservée. On remarque que Charlemagne se couvrait les jambes de bandes entrelacées en forme de brodequins, comme en usent encore les montagnards d’Ecosse, seul peuple chez qui l’habillement guerrier des Romains s’est conservé jusqu’à nos jours.

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CHAPITRE XX.


De la religion, du temps de Charlemagne.


Si nous tournons à présent les yeux sur les maux que les hommes s’attirèrent quand ils firent de la religion un instrument de leurs passions, sur les usages consacrés, sur les abus de ces usages, la querelle des Iconoclastes et des Iconolâtres est d’abord ce qui présente le plus grand objet.

L’impératrice Irène, tutrice de son malheureux fils Constantin Porphyrogénète, pour se frayer le chemin à l’empire, flatte le peuple et les moines, à qui le culte des images, proscrit par tant d’empereurs depuis Léon l’Isaurien, plaisait encore. Elle y était elle-même attachée, parce que son mari les avait eues en horreur. On avait persuadé à Irène que, pour gouverner son époux, il fallait mettre sous le chevet de son lit les images de certaines saintes. La crédulité entre même dans les esprits politiques. L’empereur son mari avait puni les auteurs de cette superstition. Irène, après la mort de son mari, donne un libre cours à son goût et à son ambition. Voilà ce qui assemble, en 786, le second concile de Nicée, septième concile œcuménique, commencé d’abord à Constantinople. Elle fait élire pour patriarche un laïque, secrétaire d’État, nommé Taraise. Il y avait eu autrefois quelques exemples de séculiers élevés ainsi à l’évêché sans passer par les autres grades ; mais alors cette coutume ne subsistait plus.