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Il y avait alors en Orient un prince qui l’égalait en gloire comme en puissance : c’était le célèbre calife Aaron-al-Raschild, qui le surpassa beaucoup en justice, en science, en humanité.

J’ose presque ajouter à ces deux hommes illustres le pape Adrien, qui, dans un rang moins élevé, dans une fortune presque privée, et avec des vertus moins héroïques, montra une prudence à laquelle ses successeurs ont dû leur agrandissement.

La curiosité des hommes, qui pénètre dans la vie privée des princes, a voulu savoir jusqu’au détail de la vie de Charlemagne, et jusqu’au secret de ses plaisirs. On a écrit qu’il avait poussé l’amour des femmes jusqu’à jouir de ses propres filles. On en a dit autant d’Auguste ; mais qu’importe au genre humain le détail de ces faiblesses qui n’ont influé en rien sur les affaires publiques ? L’Église a mis au nombre des saints cet homme qui répandit tant de sang, qui dépouilla ses neveux, et qui fut soupçonné d’inceste !

J’envisage son règne par un endroit plus digne de l’attention d’un citoyen. Les pays qui composent aujourd’hui la France et l’Allemagne jusqu’au Rhin furent tranquilles pendant près de cinquante ans, et l’Italie pendant treize, depuis son avènement à l’empire. Point de révolution, point de calamité pendant ce demi-siècle, qui par là est unique. Un bonheur si long ne suffit pas pourtant pour rendre aux hommes la politesse et les arts. La rouille de la barbarie était trop forte, et les âges suivants l’épaissirent encore.

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CHAPITRE XVII.


Mœurs, gouvernement et usages, vers le temps de Charlemagne.


Je m’arrête à cette célèbre époque pour considérer les usages, les lois, la religion, les mœurs, qui régnaient alors. Les Francs avaient toujours été des barbares, et le furent encore après Charlemagne. Remarquons attentivement que Charlemagne paraissait ne se point regarder comme un Franc. La race de Clovis et de ses compagnons francs fut toujours distincte des Gaulois. L’Allemand Pepin et Karl son fils furent distincts des Francs. Vous en trouverez la preuve dans le capitulaire de Karl ou Charlemagne, concernant ses métairies, art. 4 : « Si les Francs commettent