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CHAPITRE XVI.


Charlemagne, empereur d’Occident.


C’est à Rome et à l’empire d’Occident que cette ambition aspirait. La puissance des rois de Lombardie était le seul obstacle ; l’Église de Rome, et toutes les Églises sur lesquelles elle influait, les moines déjà puissants, les peuples déjà gouvernés par eux, tout appelait Charlemagne à l’empire de Rome, Le pape Adrien, né Romain, homme d’un génie adroit et ferme, aplanit la route. D’abord il l’engage à répudier la fille du roi lombard, Didier, chez qui l’infortunée belle-sœur de Charles s’était réfugiée avec ses enfants.

Les mœurs et les lois de ce temps-là n’étaient pas gênantes, du moins pour les princes. Charles avait épousé cette fille du roi des Lombards dans le temps qu’il avait déjà, dit-on, une autre femme. Il n’était pas rare d’en avoir plusieurs à la fois. Grégoire de Tours rapporte que les rois Gontran, Caribert, Sigebert, Chilpéric, avaient plus d’une épouse. Charles répudie la fille de Didier sans aucune raison, sans aucune formalité.

Le roi lombard, qui voit cette union fatale du roi et du pape contre lui, prend un parti courageux. Il veut surprendre Rome, et s’assurer de la personne du pape ; mais l’évêque habile fait tourner la guerre en négociation. Charles envoie des ambassadeurs pour gagner du temps. Il redemande au roi de Lombardie sa belle-sœur et ses deux neveux. Non-seulement Didier refuse ce sacrifice, mais il veut faire sacrer rois ces deux enfants, et leur faire rendre leur héritage. Charlemagne vient de Thionville à Genève, tient dans Genève un de ces parlements qui, en tout pays, souscrivirent toujours aux volontés d’un conquérant habile. Il passe le mont Cenis, il entre dans la Lombardie. Didier, après quelques défaites, s’enferme dans Pavie, sa capitale ; Charlemagne l’y assiége au milieu de l’hiver. La ville, réduite à l’extrémité, se rend après un siége de six mois (774). Ainsi finit ce royaume des Lombards, qui avaient détruit en Italie la puissance romaine, et qui avaient substitué leurs lois à celles des empereurs. Didier, le dernier de ces rois, fut conduit en France dans le monastère de Corbie, où il vécut et mourut captif et moine, tandis que son fils allait inutilement demander des secours dans Constantinople à