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volonté, ou une volonté et une personne ; toutes ces disputes, nées dans Constantinople, dans Antioche, dans Alexandrie, excitèrent des séditions. Un parti anathématisait l’autre ; la faction dominante condamnait à l’exil, à la prison, à la mort et aux peines éternelles après la mort, l’autre faction, qui se vengeait à son tour par les mêmes armes.

De pareils troubles n’avaient point été connus dans l’ancienne religion des Grecs et des Romains, que nous appelons le paganisme ; la raison en est que les païens, dans leurs erreurs grossières, n’avaient point de dogmes, et que les prêtres des idoles, encore moins les séculiers, ne s’assemblèrent jamais juridiquement pour disputer.

Dans le viiie siècle, on agita dans les Églises d’Orient s’il fallait rendre un culte aux images : la loi de Moïse l’avait expressément défendu. Cette loi n’avait jamais été révoquée ; et les premiers chrétiens, pendant plus de deux cents ans, n’avaient même jamais souffert d’images dans leurs assemblées.

Peu à peu la coutume s’introduisit partout d’avoir chez soi des crucifix. Ensuite on eut les portraits vrais ou faux des martyrs ou des confesseurs. Il n’y avait point encore d’autels érigés pour les saints, point de messes célébrées en leur nom. Seulement, à la vue d’un crucifix et de l’image d’un homme de bien, le cœur, qui surtout dans ces climats a besoin d’objets sensibles, s’excitait à la piété.

Cet usage s’introduisit dans les églises. Quelques évêques ne l’adoptèrent pas. On voit qu’en 393, saint Épiphane arracha d’une église de Syrie une image devant laquelle on priait. Il déclara que la religion chrétienne ne permettait pas ce culte ; et sa sévérité ne causa point de schisme.

Enfin cette pratique pieuse dégénéra en abus, comme toutes les choses humaines. Le peuple, toujours grossier, ne distingua point Dieu et les images ; bientôt on en vint jusqu’à leur attribuer des vertus et des miracles : chaque image guérissait une maladie. On les mêla même aux sortilèges, qui ont presque toujours séduit la crédulité du vulgaire ; je dis non-seulement le vulgaire du peuple, mais celui des princes, et même celui des savants.

En 727, l’empereur Léon l’Isaurien voulut, à la persuasion de quelques évêques, déraciner l’abus ; mais, par un abus peut-être plus grand, il fit effacer toutes les peintures : il abattit les statues et les représentations de Jésus-Christ avec celles des saints. En ôtant ainsi tout d’un coup aux peuples les objets de leur culte, il les révolta : on désobéit, il persécuta ; il devint tyran parce qu’il avait été imprudent.