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souverains ; mais c’est ainsi que tout s’est écarté de son origine. Si les fondateurs de Rome, de l’empire des Chinois, de celui des califes, revenaient au monde, ils verraient sur leurs trônes des Goths, des Tartares, et des Turcs.

Avant d’examiner comment tout changea en Occident par la translation de l’empire, il est nécessaire de vous faire une idée de l’Église d’Orient. Les disputes de cette Église ne servirent pas peu à cette grande révolution.

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CHAPITRE XIV.


État de l’Église en Orient avant Charlemagne. Querelles pour les
images. Révolution de Rome commencée.


Que les usages de l’Église grecque et de la latine aient été différents comme leurs langues ; que la liturgie, les habillements, les ornements, la forme des temples, celle de la croix, n’aient pas été les mêmes ; que les Grecs priassent debout, et les Latins à genoux[1] : ce n’est pas ce que j’examine. Ces différentes coutumes ne mirent point aux prises l’Orient et l’Occident ; elles servaient seulement à nourrir l’aversion naturelle des nations devenues rivales. Les Grecs surtout, qui n’ont jamais reçu le baptême que par immersion, en se plongeant dans les cuves des baptistères, haïssaient les Latins, qui, en faveur des chrétiens septentrionaux, introduisirent le baptême par aspersion. Mais ces oppositions n’excitèrent aucun trouble.

La domination temporelle, cet éternel sujet de discorde dans l’Occident, fut inconnue aux Églises d’Orient, Les évêques sous les yeux du maître restèrent sujets ; mais d’autres querelles non

  1. L’usage de prier à genoux dans les temples s’introduisit peu à peu avec l’opinion de la présence réelle ; il dut par conséquent commencer dans l’Occident, où il paraît que cette opinion a pris naissance. Après avoir été une idée pieuse de dévots enthousiastes, cette opinion devint la croyance commune du peuple et d’une grande partie des théologiens, vers le xve siècle, et enfin un dogme de l’Église romaine, au temps du concile de Trente. L’Église de Lyon avait conservé jusqu’à ces dernières années l’ancien usage d’assister debout à la messe, sans savoir que cet usage était une preuve toujours subsistante de la nouveauté du dogme de la présence réelle.