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Rome, l’oriflamme apportée à saint Denis par un ange, toutes ces imitations du Palladium de Troie ne servent qu’à donner à la vérité l’air de la fable. De savants antiquaires ont suffisamment réfuté ces erreurs que la philosophie désavoue, et que la critique détruit. Attachons-nous seulement à voir comment Rome cessa d’être Rome.

Pour développer l’histoire de l’esprit humain chez les peuples chrétiens, il fallait remonter jusqu’à Constantin, et même au-delà. C’est une nuit dans laquelle il faut allumer soi-même le flambeau dont on a besoin. On devrait attendre des lumières d’un homme tel qu’Eusèbe, évêque de Césarée, confident de Constantin, ennemi d’Athanase, homme d’État, homme de lettres, qui le premier fit l’histoire de l’Église.

Mais qu’on est étonné quand on veut s’instruire dans les écrits de cet homme d’État, père de l’histoire ecclésiastique !

On y trouve, à propos de l’empereur Constantin, que « Dieu a mis les nombres dans son unité ; qu’il a embelli le monde par le nombre de deux, et que par le nombre de trois il le composa de matière et de forme ; qu’ensuite ayant doublé le nombre de deux, il inventa les quatre éléments ; que c’est une chose merveilleuse qu’en faisant l’addition d’un, de deux, de trois, et de quatre, on trouve le nombre de dix, qui est la fin, le terme et la perfection de l’unité ; et que de ce nombre dix si parfait, multiplié par le nombre plus parfait de trois, qui est l’image sensible de la Divinité, il en résulte le nombre des trente jours du mois[1]. »

C’est ce même Eusèbe qui rapporte la lettre dont nous avons déjà parlé[2], d’un Abgare, roi d’Édesse, à Jésus-Christ, dans laquelle il lui offre sa petite ville, qui est assez propre ; et la réponse de Jésus-Christ au roi Abgare.

Il rapporte, d’après Tertullien, que sitôt que l’empereur Tibère eut appris par Pilate la mort de Jésus-Christ, Tibère, qui chassait les Juifs de Rome, ne manqua pas de proposer au sénat d’admettre au nombre des dieux de l’empire celui qu’il ne pouvait connaître encore que comme un homme de Judée ; que le sénat n’en voulut rien faire, et que Tibère en fut extrêmement courroucé.

Il rapporte, d’après Justin, la prétendue statue élevée à Simon le magicien ; il prend les Juifs thérapeutes pour des chrétiens.

C’est lui qui, sur la foi d’Hégésippe, prétend que les petits-neveux de Jésus-Christ par son frère Jude furent déférés à l’empe-

  1. Eusèbe, Panégyrique de Constantin, chapitres iv et v. (Note de Voltaire.)
  2. Chapitre ix.