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dans sa chapelle, et Fronton n’en avait point. Fronton monta sur un âne pour aller chercher ses reliques à Ancyre, et chargea son âne de quelques bouteilles d’excellent vin, car il s’agissait d’un cabaretier. Il rencontra des soldats, qu’il fit boire. Les soldats lui racontèrent le martyre de saint Théodote. Ils gardaient son corps, quoiqu’il eût été réduit en cendres. Il les enivra si bien qu’il eut le temps d’enlever le corps. Il l’ensevelit, et bâtit sa chapelle, « Eh bien ! lui dit saint Théodote, ne t’avais-je pas bien dit que tu aurais des reliques ? »

Voilà ce que les jésuites Bollandus et Papebroc ne rougirent pas de rapporter dans leur Histoire des saints : voilà ce qu’un moine, nommé dom Ruinart, a l’insolente imbécillité d’insérer dans les Actes sincères[1].

Tant de fraudes, tant d’erreurs, tant de bêtises dégoûtantes, dont nous sommes inondés depuis dix-sept cents années, n’ont pu faire tort à notre religion. Elle est sans doute divine, puisque dix-sept siècles de friponneries et d’imbécillités n’ont pu la détruire ; et nous révérons d’autant plus la vérité que nous méprisons le mensonge.

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CHAPITRE X.


Suite de l’établissement du christianisme. Comment Constantin en
fit la religion dominante. Décadence de l’ancienne Rome.


Le règne de Constantin est une époque glorieuse pour la religion chrétienne, qu’il rendit triomphante. On n’avait pas besoin d’y joindre des prodiges, comme l’apparition du labarum dans les nuées, sans qu’on dise seulement en quel pays cet étendard apparut. Il ne fallait pas écrire que les gardes du labarum ne pouvaient jamais être blessés. Le bouclier tombé du ciel dans l’ancienne

  1. Lefranc, évêque du Puy-en-Velay, dans une pastorale aux habitants de ce pays, a pris le parti de tous ces outrages ridicules faits à la raison et à la vraie piété. Que ne dit-il aussi que le prépuce de la verge de Jésus-Christ, soigneusement gardé au Puy-en-Velay, et une vieille statue d’Isis qu’on y prend pour une image de la Vierge, sont des pièces authentiques ? Quelle infamie de vouloir toujours tromper les hommes ! et quelle sottise de s’imaginer qu’on les trompe aujourd’hui. (Note de Voltaire.)