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On supposa les Voyages de saint Pierre, l’Apocalypse de saint Pierre, les Actes de saint Pierre, les Actes de saint Paul, les Actes de Pilate ; on falsifia l’histoire de Flavien Josèphe, et l’on fut assez malavisé pour faire dire à ce Juif, si zélé pour sa religion juive, que Jésus était le Christ, le Messie.

On écrivit le roman de la querelle de saint Pierre avec Simon le magicien, d’un mort, parent de Néron, qu’ils se chargèrent de ressusciter, de leur combat dans les airs, du chien de Simon qui apportait des lettres à saint Pierre, et qui rapportait les réponses.

On supposa des vers des sibylles, qui eurent un cours si prodigieux qu’il en est encore fait mention dans les hymnes que les catholiques romains chantent dans leurs églises :

Teste David cum sibylla.

Enfin on supposa un nombre prodigieux de martyrs que l’on confondit, comme nous l’avons déjà dit[1] avec les véritables.

Nous avons encore les Actes du martyre de saint André l’apôtre, qui sont reconnus pour faux par les plus pieux et les plus savants critiques, de même que les Actes du martyre de saint Clément.

Eusèbe de Césarée, au ive siècle, recueillit une grande partie de ces légendes. C’est là qu’on voit d’abord le martyre de saint Jacques, frère aîné de Jésus-Christ, qu’on prétend avoir été un bon Juif, et même récabite, et que les Juifs de Jérusalem appelaient Jacques le Juste. Il passait les journées entières à prier dans le temple. Il n’était donc pas de la religion de son frère. Ils le pressèrent de déclarer que son frère était un imposteur ; mais Jacques leur répondit : « Sachez qu’il est assis à la droite de la souveraine puissance de Dieu, et qu’il doit paraître au milieu des nuées, pour juger de là tout l’univers. »

Ensuite vient un Siméon, cousin germain de Jésus-Christ, fils d’un nommé Cléophas, et d’une Marie, sœur de Marie, mère de Jésus. On le fait libéralement évêque de Jérusalem. On suppose qu’il fut déféré aux Romains comme descendant en droite ligne du roi David ; et l’on fait voir par là qu’il avait un droit évident au royaume de Jérusalem, aussi bien que saint Jude. On ajoute que Trajan, craignant extrêmement la race de David, ne fut pas si clément envers Siméon que Domitien l’avait été envers les petits-fils de Jude, et qu’il ne manqua pas de faire crucifier Siméon, de peur qu’il ne lui enlevât la Palestine. Il fallait que ce

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