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qu’il était chrétien lui-même. Celui qui éleva un temple à Antinoüs en aurait-il voulu élever à Jésus-Christ ?

Marc-Aurèle ordonna qu’on ne poursuivît point les chrétiens pour cause de religion. Caracalla, Héliogabale, Alexandre, Philippe, Gallien, les protégèrent ouvertement. Ils eurent donc tout le temps d’étendre et de fortifier leur Église naissante. Ils tinrent cinq conciles dans le Ier siècle, seize dans le IIe et trente-six dans le IIIe. Les autels étaient magnifiques dès le temps de ce IIIe siècle. L’histoire ecclésiastique en remarque quelques-uns ornés de colonnes d’argent, qui pesaient ensemble 3,000 marcs. Les calices, faits sur le modèle des coupes romaines, et les patènes, étaient d’or pur.

Les chrétiens jouirent d’une si grande liberté, malgré les cris et les persécutions de leurs ennemis, qu’ils avaient publiquement, dans plusieurs provinces, des églises élevées sur les débris de quelques temples tombés ou ruinés. Origène et saint Cyprien l’avouent ; et il faut bien que le repos de l’Église ait été long, puisque ces deux grands hommes reprochent déjà à leurs contemporains le luxe, la mollesse, l’avarice, suite de la félicité et de l’abondance. Saint Cyprien se plaint expressément que plusieurs évêques, imitant mal les saints exemples qu’ils avaient sous leurs yeux, « accumulaient de grandes sommes d’argent, s’enrichissaient par l’usure, et ravissaient des terres par la fraude ». Ce sont ses propres paroles : elles sont un témoignage évident du bonheur tranquille dont on jouissait sous les lois romaines. L’abus d’une chose en démontre l’existence.

Si Décius, Maximin, et Dioclétien, persécutèrent les chrétiens, ce fut pour des raisons d’État : Décius, parce qu’ils tenaient le parti de la maison de Philippe, soupçonné, quoique à tort, d’être chrétien lui-même ; Maximin, parce qu’ils soutenaient Gordien. Ils jouirent de la plus grande liberté pendant vingt années sous Dioclétien. Non-seulement ils avaient cette liberté de religion que le gouvernement romain accorda de tout temps à tous les peuples, sans adopter leurs cultes ; mais ils participaient à tous les droits des Romains. Plusieurs chrétiens étaient gouverneurs de provinces. Eusèbe cite deux chrétiens, Dorothée et Gorgonius, officiers du palais, à qui Dioclétien prodiguait sa faveur. Enfin il avait épousé une chrétienne. Tout ce que nos déclamateurs écrivent contre Dioclétien n’est donc qu’une calomnie fondée sur l’ignorance. Loin de les persécuter, il les éleva au point qu’il ne fut plus en son pouvoir de les abattre.

En 303, Maximien Galère, qui les haïssait, engage Dioclétien