Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome11.djvu/223

Cette page a été validée par deux contributeurs.

Les enfants du grand Noushirvan, indignes d’un tel père, désolaient la Perse par des guerres civiles et par des parricides. Les successeurs du législateur Justinien avilissaient le nom de l’empire. Maurice venait d’être détrôné par les armes de Phocas, par les intrigues du patriarche Cyriaque, par celles de quelques évêques, que Phocas punit ensuite de l’avoir servi. Le sang de Maurice et de ses cinq fils avait coulé sous la main du bourreau ; et le pape Grégoire le Grand, ennemi des patriarches de Constantinople, tâchait d’attirer le tyran Phocas dans son parti, en lui prodiguant des louanges, et en condamnant la mémoire de Maurice, qu’il avait loué pendant sa vie.

L’empire de Rome en Occident était anéanti. Un déluge de barbares, Goths, Hérules, Huns, Vandales, Francs, inondait l’Europe, quand Mahomet jetait, dans les déserts de l’Arabie, les fondements de la religion et de la puissance musulmanes.

__________



CHAPITRE VI.


De l’Arabie et de Mahomet[1].


De tous les législateurs et de tous les conquérants, il n’en est aucun dont la vie ait été écrite avec plus d’authenticité et dans un plus grand détail par ses contemporains que celle de Mahomet. Ôtez de cette vie les prodiges dont cette partie du monde fut toujours infatuée, le reste est d’une vérité reconnue. Il naquit dans la ville de Mecca, que nous nommons la Mecque, l’an 569 de notre ère vulgaire, au mois de mai. Son père s’appelait Abdalla, sa mère Émine : il n’est pas douteux que sa famille ne fût une des plus considérées de la première tribu, qui était celle des Coracites. Mais la généalogie qui le fait descendre d’Abraham en

  1. Un anonyme ayant publié une Critique de l’Histoire universelle de M. de Voltaire, au sujet de Mahomet et du mahométisme, in-4° de quarante-trois pages c’est en réponse que Voltaire fit imprimer sa Lettre civile et honnête, qu’on trouvera dans les Mélanges, année 1760.