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nous confirme que si l’on s’arrêtait à l’histoire des arts, on ne trouverait que quatre siècles dans les annales du monde : ceux d’Alexandre, d’Auguste, des Médicis, et de Louis XIV.

Cependant les Persans furent toujours un peuple ingénieux. Lokman, qui est le même qu’Ésope, était né à Casbin. Cette tradition est bien plus vraisemblable que celle qui le fait originaire d’Éthiopie, pays où il n’y eut jamais de philosophes. Les dogmes de l’ancien Zerdust, appelé Zoroastre par les Grecs, qui ont changé tous les noms orientaux, subsistaient encore. On leur donne neuf mille ans d’antiquité : car les Persans, ainsi que les Égyptiens, les Indiens, les Chinois, reculent l’origine du monde autant que d’autres la rapprochent. Un second Zoroastre, sous Darius, fils d’Hystaspe, n’avait fait que perfectionner cette antique religion. C’est dans ces dogmes qu’on trouve, ainsi que dans l’Inde, l’immortalité de l’âme, et une autre vie heureuse ou malheureuse. C’est là qu’on voit expressément un enfer. Zoroastre, dans les écrits abrégés dans le Sadder, dit que Dieu lui fit voir cet enfer, et les peines réservées aux méchants. Il y voit plusieurs rois, un entre autres auquel il manquait un pied ; il en demande à Dieu la raison ; Dieu lui répond : « Ce roi pervers n’a fait qu’une action de bonté en sa vie. Il vit, en allant à la chasse, un dromadaire qui était lié trop loin de son auge, et qui, voulant y manger, ne pouvait y atteindre ; il approcha l’auge d’un coup de pied : j’ai mis son pied dans le ciel, tout le reste est ici. » Ce trait, peu connu, fait voir l’espèce de philosophie qui régnait dans ces temps reculés, philosophie toujours allégorique, et quelquefois très-profonde. Nous avons rapporté ailleurs ce trait singulier, qu’on ne peut trop faire connaître[1].

Vous savez que les Babyloniens furent les premiers, après les Indiens, qui admirent des êtres mitoyens entre la Divinité et l’homme. Les Juifs ne donnèrent des noms aux anges que dans le temps de leur captivité à Babylone. Le nom de Satan paraît pour la première fois dans le livre de Job ; ce nom est persan, et l’on prétend que Job l’était. Le nom de Raphaël est employé par l’auteur, quel qu’il soit, de Tobie, qui était captif de Ninive, et qui écrivit en chaldéen. Le nom d’Israël même était chaldéen, et signifiait voyant Dieu. Ce Sadder est l’abrégé du Zenda-Vesta, ou du

  1. Ce renvoi de Voltaire, ajouté dans l’édition de 1775, ne peut regarder, comme on l’a dit avant moi, l’ouvrage intitulé Un Chrétien contre six Juifs, qui est de 1776 ; il s’agit du morceau publié au moins dès 1765, et qui, dans le Dictionnaire philosophique, forme la xie section au mot Âme. (B.)