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Une nouvelle domination, une religion et des mœurs jusqu’alors inconnues, avaient changé la face de ces contrées ; et ce changement s’étendait déjà fort avant en Asie, en Afrique et en Europe.

Pour me faire une idée du mahométisme, qui a donné une nouvelle forme à tant d’empires, je me rappellerai d’abord les parties du monde qui lui furent les premières soumises.

La Perse avait étendu sa domination, avant Alexandre, de l’Égypte à la Bactriane, au delà du pays où est aujourd’hui Samarcande, et de la Thrace jusqu’au fleuve de l’Inde.

Divisée et resserrée sous les Séleucides, elle avait repris des accroissements sous Arsaces le Parthien, deux cent cinquante ans avant notre ère. Les Arsacides n’eurent ni la Syrie, ni les contrées qui bordent le Pont-Euxin ; mais ils disputèrent avec les Romains de l’empire de l’Orient, et leur opposèrent toujours des barrières insurmontables.

Du temps d’Alexandre Sévère, vers l’an 226 de notre ère, un simple soldat persan, qui prit le nom d’Artaxare, enleva ce royaume aux Parthes, et rétablit l’empire des Perses, dont l’étendue ne différait guère alors de ce qu’elle est de nos jours.

Vous ne voulez pas examiner ici quels étaient les premiers Babyloniens conquis par les Perses, ni comment ce peuple se vantait de quatre cent mille ans d’observations astronomiques, dont on ne put retrouver qu’une suite de dix-neuf cents années du temps d’Alexandre[1]. Vous ne voulez pas vous écarter de votre sujet pour vous rappeler l’idée de la grandeur de Babylone, et de ces monuments plus vantés que solides dont les ruines mêmes sont détruites. Si quelque reste des arts asiatiques mérite un peu notre curiosité, ce sont les ruines de Persépolis, décrites dans plusieurs livres et copiées dans plusieurs estampes. Je sais quelle admiration inspirent ces masures échappées aux flambeaux dont Alexandre et la courtisane Thaïs mirent Persépolis en cendre. Mais était-ce un chef-d’œuvre de l’art qu’un palais bâti au pied d’une chaîne de rochers arides ? Les colonnes qui sont encore debout ne sont assurément ni dans de belles proportions, ni d’un dessin élégant. Les chapiteaux, surchargés d’ornements grossiers, ont presque autant de hauteur que les fûts mêmes des colonnes. Toutes les figures sont aussi lourdes et aussi sèches que celles dont nos églises gothiques sont encore malheureusement ornées. Ce sont des monuments de grandeur, mais non pas de goût ; et tout

  1. Voyez Introduction, paragraphe x.