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elles y ont fait haïr ce qu’elles enseignent. Leurs usages d’ailleurs révoltent les Indiens ; ils sont scandalisés de nous voir boire du vin et manger des viandes qu’ils abhorrent. La conformation de nos organes, qui fait que nous prononçons si mal les langues de l’Asie, est encore un obstacle presque invincible ; mais le plus grand est la différence des opinions qui divisent nos missionnaires. Le catholique y combat l’anglican, qui combat le luthérien combattu par le calviniste. Ainsi tous contre tous, voulant annoncer chacun la vérité, et accusant les autres de mensonge, ils étonnent un peuple simple et paisible, qui voit accourir chez lui, des extrémités occidentales de la terre, des hommes ardents pour se déchirer mutuellement sur les rives du Gange.

Nous avons eu dans ces climats, comme ailleurs, des missionnaires respectables par leur piété, et auxquels on ne peut reprocher que d’avoir exagéré leurs travaux et leurs triomphes. Mais tous n’ont pas été des hommes vertueux et instruits, envoyés d’Europe pour changer la croyance de l’Asie. Le célèbre Niecamp, auteur de l’histoire de la mission de Tranquebar, avoue[1] que « les Portugais remplirent le séminaire de Goa de malfaiteurs condamnés au bannissement ; qu’ils en tirent des missionnaires ; et que ces missionnaires n’oublièrent pas leur premier métier ». Notre religion a fait peu de progrès sur les côtes, et nul dans les États soumis immédiatement au Grand-Mogol. La religion de Mahomet et celle de Brama partagent encore tout ce vaste continent. Il n’y a pas deux siècles que nous appelions toutes ces nations la paganie, tandis que les Arabes, les Turcs, les Indiens, ne nous connaissaient que sous le nom d’idolâtres.



CHAPITRE V.


De la Perse au temps de Mahomet le prophète,
et de l’ancienne religion de Zoroastre.


En tournant vers la Perse, on y trouve, un peu avant le temps qui me sert d’époque, la plus grande et la plus prompte révolution que nous connaissions sur la terre.

  1. Premier tome, page 223. (Note de Voltaire.)