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menteur ?… Cesse de tromper les hommes, ce n’est qu’à cette condition que je continuerai à t’expliquer le Veidam ; car si tu restes dans les mêmes sentiments, tu es incapable de l’entendre, et ce serait le prostituer que de te l’enseigner. »

Au livre troisième de ce commentaire, l’auteur Chumontou réfute la fable que les nouveaux brames inventaient sur une incarnation du dieu Brama, qui, selon eux, parut dans l’Inde sous le nom de Kopilo, c’est-à-dire de pénitent ; ils prétendaient qu’il avait voulu naître de Déhobuti, femme d’un homme de bien, nommé Kordomo.

« S’il est vrai, dit le commentateur, que Brama soit né sur la terre, pourquoi portait-il le nom d’Éternel ? Celui qui est souverainement heureux, et dans qui seul est notre bonheur, aurait-il voulu se soumettre à tout ce que souffre un enfant ? etc. »

On trouve ensuite une description de l’enfer, toute semblable à celle que les Égyptiens et les Grecs ont donnée depuis sous le nom de Tartare. « Que faut-il faire, dit-on, pour éviter l’enfer ? il faut aimer Dieu », répond le commentateur Chumontou ; « il faut faire ce qui nous est ordonné par le Veidam, et le faire de la façon dont il nous le prescrit. Il y a, dit-il, quatre amours de Dieu. Le premier est de l’aimer pour lui-même, sans intérêt personnel ; le second, de l’aimer par intérêt ; le troisième, de ne l’aimer que dans les moments où l’on n’écoute pas ses passions ; le quatrième, de ne l’aimer que pour obtenir l’objet de ces passions mêmes ; et ce quatrième amour n’en mérite pas le nom[1]. »

Tel est le précis des principales singularités du Veidam, livre inconnu jusques aujourd’hui à l’Europe, et à presque toute l’Asie.

Les brames ont dégénéré de plus en plus. Leur Cormo-Veidam, qui est leur rituel, est un ramas de cérémonies superstitieuses, qui font rire quiconque n’est pas né sur les bords du Gange et de l’Indus, ou plutôt quiconque, n’étant pas philosophe, s’étonne des sottises des autres peuples, et ne s’étonne point de celles de son pays.

Le détail de ces minuties est immense : c’est un assemblage de toutes les folies que la vaine étude de l’astrologie judiciaire a pu inspirer à des savants ingénieux, mais extravagants ou fourbes. Toute la vie d’un brame est consacrée à ces cérémonies superstitieuses. Il y en a pour tous les jours de l’année. Il semble que les hommes soient devenus faibles et lâches dans l’Inde, à

  1. Le Shasta est beaucoup plus sublime. Voyez le Dictionnaire philosophique, au mot Ange. (Note de Voltaire.)