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bles ; on n’a jamais adoré le diable dans aucun pays du monde ; les manichéens n’ont jamais rendu de culte au mauvais principe : on ne lui en rendait aucun dans la religion de Zoroastre. Il est temps que nous quittions l’indigne usage de calomnier toutes les sectes, et d’insulter toutes les nations.

Nous avons, comme vous savez, l’Ézour-Veidam[1], ancien commentaire composé par Chumontou sur ce Veidam, sur ce livre sacré que les brames prétendent avoir été donné de Dieu aux hommes. Ce commentaire a été abrégé par un brame très-savant, qui a rendu beaucoup de services à notre compagnie des Indes ; et il l’a traduit lui-même de la langue sacrée en français[2].

Dans cet Ézour-Veidam, dans ce commentaire, Chumontou combat l’idolâtrie ; il rapporte les propres paroles du Veidam. « C’est l’Être suprême qui a tout créé, le sensible et l’insensible ; il y a eu quatre âges différents ; tout périt à la fin de chaque âge, tout est submergé, et le déluge est un passage d’un âge à l’autre, etc.

« Lorsque Dieu existait seul, et que nul autre être n’existait avec lui, il forma le dessein de créer le monde ; il créa d’abord le temps, ensuite l’eau et la terre ; et du mélange des cinq éléments, à savoir : la terre, l’eau, le feu, l’air, et la lumière, il en forma les différents corps, et leur donna la terre pour leur base. Il fit ce globe, que nous habitons, en forme ovale comme un œuf. Au milieu de la terre est la plus haute de toutes les montagnes, nommée Mérou (c’est l’Immaüs). Adimo, c’est le nom du premier homme sorti des mains de Dieu : Procriti est le nom de son épouse. D’Adimo naquit Brama[3] qui fut le législateur des nations et le père des brames. »

Que de choses curieuses dans ce peu de paroles ! On y aperçoit d’abord cette grande vérité, que Dieu est le créateur du monde ; on voit ensuite la source primitive de cette ancienne fable des quatre âges, d’or, d’argent, d’airain et de fer. Tous les principes de la théologie des anciens sont renfermés dans le Veidam. On y voit ce déluge de Deucalion, qui ne figure autre chose

  1. Voyez Introduction, paragraphe xvii.
  2. Ce manuscrit est à la Bibliothèque du Roi, où chacun peut le consulter. Il avait été donné à l’auteur par M. de Modave, qui revenait de l’Inde. (Note de Voltaire.) — Voyez Lettre à d’Alembert, du 8 octobre 1760.

    — Loin d’être un des Védas, ce prétendu Yadjour-Véda, ou Ézour-Veidam, n’est qu’un traité de controverse contre le vichnouisme, écrit très-probablement par quelque missionnaire chrétien caché sous le manteau d’un brame. Voyez Encyclopédie nouvelle, article Brachmanisme. (G. A.)

  3. Dans l’Introduction, paragraphe vi, il est dit qu’Adimo est fils de Brama.