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écrivains, plus instruits des livres que des affaires, qui évaluent souvent l’argent étranger d’une manière très-fautive[1].

Les Chinois ont eu des monnaies d’or et d’argent frappées au marteau longtemps avant que les dariques fussent fabriquées en Perse. L’empereur Kang-hi avait rassemblé une suite de trois mille de ces monnaies, parmi lesquelles il y en avait beaucoup des Indes ; autre preuve de l’ancienneté des arts dans l’Asie. Mais depuis longtemps l’or n’est plus une mesure commune à la Chine, il y est marchandise comme en Hollande ; l’argent n’y est plus monnaie, le poids et le titre en font le prix ; on n’y frappe plus que du cuivre, qui seul dans ce pays a une valeur arbitraire. Le gouvernement, dans des temps difficiles, a payé en papier, comme on a fait depuis dans plus d’un État de l’Europe ; mais jamais la Chine n’a eu l’usage des banques publiques, qui augmentent les richesses d’une nation, en multipliant son crédit.

Ce pays, favorisé de la nature, possède presque tous les fruits transplantés dans notre Europe, et beaucoup d’autres qui nous manquent. Le blé, le riz, la vigne, les légumes, les arbres de toute espèce, y couvrent la terre ; mais les peuples n’ont fait du vin que dans les derniers temps, satisfaits d’une liqueur assez forte qu’ils savent tirer du riz.

L’insecte précieux qui produit la soie est originaire de la Chine ; c’est de là qu’il passa en Perse assez tard, avec l’art de faire des étoffes du duvet qui le couvre ; et ces étoffes étaient si rares, du temps même de Justinien, que la soie se vendait en Europe au poids de l’or.

Le papier fin et d’un blanc éclatant était fabriqué chez les Chinois de temps immémorial ; on en faisait avec des filets de bois de bambou bouilli. On ne connaît pas la première époque de la porcelaine, et de ce beau vernis qu’on commence à imiter et à égaler en Europe.

Ils savent, depuis deux mille ans, fabriquer le verre, mais moins beau et moins transparent que le nôtre.

L’imprimerie fut inventée par eux dans le même temps. On sait que cette imprimerie est une gravure sur des planches de bois, telle que Guttenberg la pratiqua le premier à Mayence, au xve siècle. L’art de graver les caractères sur le bois est plus perfectionné à la Chine ; notre méthode d’employer les caractères

  1. Le revenu du gouvernement chinois est aujourd’hui, dit-on, de 350 et quelques millions de francs. Quelle différence avec nos budgets ! Mais il faut remarquer qu’en Chine un franc de France représente peut-être dix fois sa valeur. (G. A.)