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Comptons, parmi les folies de l’esprit humain, l’idée qu’on a eue, de nos jours, de faire descendre les Celtes des Hébreux. Ils sacrifiaient des hommes, dit-on, parce que Jephté avait immolé sa fille. Les druides étaient vêtus de blanc, pour imiter les prêtres des Juifs ; ils avaient, comme eux, un grand pontife. Leurs druidesses sont des images de la sœur de Moïse et de Débora. Le pauvre qu’on nourrissait à Marseille, et qu’on immolait couronné de fleurs et chargé de malédictions, avait pour origine le bouc émissaire. On va jusqu’à trouver de la ressemblance entre trois ou quatre mots celtiques et hébraïques, qu’on prononce également mal ; et l’on en conclut que les Juifs et les nations des Celtes sont la même famille. C’est ainsi qu’on insulte à la raison dans des histoires universelles, et qu’on étouffe sous un amas de conjectures forcées le peu de connaissance que nous pourrions avoir de l’antiquité.

Les Germains avaient à peu près les mêmes mœurs que les Gaulois, sacrifiaient comme eux des victimes humaines, décidaient comme eux leurs petits différends particuliers par le duel, et avaient seulement plus de grossièreté et moins d’industrie. César, dans ses mémoires, nous apprend que leurs magiciennes réglaient toujours parmi eux le jour du combat. Il nous dit que quand un de leurs rois, Arioviste, amena cent mille de ses Germains errants pour piller les Gaules, lui qui voulait les asservir et non pas les piller, ayant envoyé deux officiers romains pour entrer en conférence avec ce barbare, Arioviste les fit charger de chaînes ; que les deux officiers furent destinés à être sacrifiés aux dieux des Germains, et qu’ils allaient l’être, lorsqu’il les délivra par sa victoire.

Les familles de tous ces barbares avaient en Germanie, pour uniques retraites, des cabanes où, d’un côté, le père, la mère, les sœurs, les frères, les enfants, couchaient nus sur la paille ; et, de l’autre côté, étaient leurs animaux domestiques. Ce sont là pourtant ces mêmes peuples que nous verrons bientôt maîtres de Rome. Tacite loue les mœurs des Germains, mais comme Horace chantait celles des barbares nommés Gètes ; l’un et l’autre ignoraient ce qu’ils louaient, et voulaient seulement faire la satire de Rome. Le même Tacite, au milieu de ses éloges[1] avoue que tout le monde savait que les Germains aimaient mieux vivre de rapine que de cultiver la terre ; et qu’après avoir pillé leurs voisins, ils retournaient chez eux manger et dormir. C’est la vie des voleurs

  1. Voyez Introduction, paragraphe xiv.