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taux, c’est que les Grecs avaient envoyé chez eux des colonies ; ou plutôt, c’est parce que, de tout temps, une des propriétés de cette terre a été de produire des hommes de génie, comme le territoire d’Athènes était plus propre aux arts que celui de Thèbes et de Lacédémone. Mais quel monument avons-nous de l’ancienne Toscane ? aucun. Nous nous épuisons en vaines conjectures sur quelques inscriptions inintelligibles que les injures du temps ont épargnées, et qui probablement sont des premiers siècles de la république romaine. Pour les autres nations de notre Europe, il ne nous reste d’elles, dans leur ancien langage, aucun monument antérieur à notre ère.

L’Espagne maritime fut découverte par les Phéniciens, ainsi que l’Amérique le fut depuis par les Espagnols. Les Tyriens, les Carthaginois, les Romains, y trouvèrent tour à tour de quoi s’enrichir dans les trésors que la terre produisait alors. Les Carthaginois y firent valoir des mines, mais moins riches que celles du Mexique et du Pérou ; le temps les a épuisées, comme il épuisera celles du nouveau monde. Pline rapporte qu’en neuf ans les Romains en tirèrent huit mille marcs d’or, et environ vingt-quatre mille d’argent. Il faut avouer que ces prétendus descendants de Gomer avaient bien mal profité des présents que leur faisait la terre en tout genre, puisqu’ils furent subjugués par les Carthaginois, par les Romains, par les Vandales, par les Goths, et par les Arabes.

Ce que nous savons des Gaulois, par Jules-César et par les autres auteurs romains, nous donne l’idée d’un peuple qui avait besoin d’être soumis par une nation éclairée. Les dialectes du langage celtique étaient affreux : l’empereur Julien, sous qui ce langage se parlait encore, dit, dans son Misopogon, qu’il ressemblait au croassement des corbeaux. Les mœurs, du temps de César, étaient aussi barbares que le langage. Les druides, imposteurs grossiers faits pour le peuple qu’ils gouvernaient, immolaient des victimes humaines qu’ils brûlaient dans de grandes et hideuses statues d’osier. Les druidesses plongeaient des couteaux dans le cœur des prisonniers, et jugeaient de l’avenir à la manière dont le sang coulait. De grandes pierres un peu creusées, qu’on a trouvées sur les confins de la Germanie et de la Gaule, vers Strasbourg, sont, dit-on, les autels où l’on faisait ces sacrifices. Voilà tous les monuments de l’ancienne Gaule. Les habitants des côtes de la Biscaye et de la Gascogne s’étaient quelquefois nourris de chair humaine. Il faut détourner les yeux de ces temps sauvages, qui sont la honte de la nature.