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L’espèce de dédicace était : À Son Altesse sérénissime électorale, monseigneur l’Électeur palatin. La voici :


Monseigneur,

Le style des dédicaces, les ancêtres, les vertus du protecteur et le mauvais livre du protégé, ont souvent ennuyé le public. Mais il est permis de présenter un Essai sur l’histoire à celui qui la sait. La modestie extrême, jointe à de très-grandes connaissances, le soin de cultiver son esprit pour s’instruire et non pour en faire parade, la défiance de ses propres lumières, la simplicité qui, sans y penser, relève la grandeur, le talent de se faire aimer sans art, et la crainte de recevoir des témoignages de cette tendresse respectueuse qu’on inspire, tout cela peut imposer silence à un faiseur de panégyriques, mais ne peut empêcher que la reconnaissance ne paye un faible tribut à la bonté.

Ce n’est pas même ici une dédicace ; c’est un appel au public, que j’ose faire devant Votre Altesse électorale, des éditions qu’on a données du commencement de cette Histoire. Votre Altesse électorale a depuis longtemps le manuscrit entre les mains ; elle sait combien ce manuscrit, tout informe qu’il est, diffère de ces éditions frauduleuses ; et je peux hardiment démentir et condamner devant votre tribunal l’abus qu’on a fait de mes travaux. L’équité de votre âme généreuse me console de ce brigandage, si impunément exercé dans la république des lettres, et de l’injustice extrême de ceux qui m’ont imputé ces volumes défectueux. Je suis forcé d’imprimer ce troisième pour confondre l’imposture et l’ignorance qui ont défiguré les deux premiers. Votre nom, Monseigneur, est ici le protecteur de la vérité et de mon innocence.

Je dois d’éternels remercîments à la bonté avec laquelle Votre Altesse électorale permet qu’une justification si légitime paraisse sous ses auspices. Je suis comme tous vos sujets : j’obtiens aisément justice ; je suis protégé par votre bonté bienfaisante, et je partage avec eux les sentiments de la reconnaissance, de l’amour et du respect.

Le prince que Voltaire appelait ainsi en témoignage de l’infidélité ou de l’inexactitude des chapitres imprimés, était Charles-Théodore, prince de Sultzbach, né le 11 décembre 1724, devenu duc de Bavière en 1777, mort le 16 février 1799. La réponse qu’il fit à Voltaire, sous la date du 27 juillet 1754, se trouvera dans la Correspondance ainsi que plusieurs autres de ses lettres. C’est ce même prince qui eut longtemps pour secrétaire Côme-Alexandre Colini, attaché précédemment à Voltaire au même titre.