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heureux, autant on peut ignorer le vulgaire des rois, qui ne pourrait que charger la mémoire. À quoi vous serviraient les détails de tant de petits intérêts qui ne subsistent plus aujourd’hui, de tant de familles éteintes qui se sont disputé des provinces englouties ensuite dans de grands royaumes ? Presque chaque ville a aujourd’hui son histoire vraie ou fausse, plus ample, plus détaillée que celle d’Alexandre. Les seules annales d’un ordre monastique contiennent plus de volumes que celles de l’empire romain.

Dans tous ces recueils immenses qu’on ne peut embrasser, il faut se borner et choisir. C’est un vaste magasin où vous prendrez ce qui est à votre usage.

L’illustre Bossuet, qui dans son Discours sur une partie de l’Histoire universelle en a saisi le véritable esprit, au moins dans ce qu’il dit de l’empire romain, s’est arrêté à Charlemagne. C’est en commençant à cette époque que votre dessein est de vous faire un tableau du monde ; mais il faudra souvent remonter à des temps antérieurs. Cet éloquent écrivain, en disant un mot des Arabes, qui fondèrent un si puissant empire et une religion si florissante, n’en parle que comme d’un déluge de barbares. Il paraît avoir écrit uniquement pour insinuer que tout a été fait dans le monde pour la nation juive ; que si Dieu donna l’empire de l’Asie aux Babyloniens, ce fut pour punir les Juifs ; si Dieu fit régner Cyrus, ce fut pour les venger ; si Dieu envoya les Romains, ce fut encore pour châtier les Juifs. Cela peut être ; mais les grandeurs de Cyrus et des Romains ont encore d’autres causes ; et Bossuet même ne les a pas omises en parlant de l’esprit des nations.

Il eût été à souhaiter qu’il n’eût pas oublié entièrement les anciens peuples de l’Orient, comme les Indiens et les Chinois, qui ont été si considérables avant que les autres nations fussent formées.

Nourris de productions de leurs terres, vêtus de leurs étoffes, amusés par les jeux qu’ils ont inventés, instruits même par leurs anciennes fables morales, pourquoi négligerions-nous de connaître l’esprit de ces nations, chez qui les commerçants de notre Europe ont voyagé dès qu’ils ont pu trouver un chemin jusqu’à elles ?

En vous instruisant en philosophe de ce qui concerne ce globe, vous portez d’abord votre vue sur l’Orient, berceau de tous les arts, et qui a tout donné à l’Occident.

Les climats orientaux, voisins du Midi, tiennent tout de la