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semblable à la lumière du soleil, qui ne tient presque rien de la matière connue, et qui est toujours pure, toujours immuable, quand tous les éléments se confondent sans cesse. Il ne faut qu’ouvrir les yeux pour bénir son auteur.


xlviii. — Des anges, des génies, des diables, chez les anciennes nations et chez lez Juifs.

Tout a sa source dans la nature de l’esprit humain. Tous les hommes puissants, les magistrats, les princes, avaient leurs messagers ; il était vraisemblable que les dieux en avaient aussi. Les Chaldéens et les Perses semblent être les premiers hommes connus de nous qui parlèrent des anges comme d’huissiers célestes et de porteurs d’ordre. Mais avant eux, les Indiens, de qui toute espèce de théologie nous est venue, avaient inventé les anges, et les avaient représentés, dans leur ancien livre du Shasta, comme des créatures immortelles, participantes de la Divinité, et dont un grand nombre se révolta dans le ciel contre le Créateur. (Voyez le chapitre de l’Inde, page 49.)

Les Parsis ignicoles, qui subsistent encore, ont communiqué à l’auteur de la religion des anciens Persans[1] les noms des anges que les premiers Perses reconnaissaient. On en trouve cent dix-neuf, parmi lesquels ne sont ni Raphaël ni Gabriel, que les Perses n’adoptèrent que longtemps après. Ces mots sont chaldéens, ils ne furent connus des Juifs que dans leur captivité : car, avant l’histoire de Tobie, on ne voit le nom d’aucun ange, ni dans le Pentateuque, ni dans aucun livre des Hébreux.

Les Perses, dans leur ancien catalogue qu’on trouve au-devant du Sadder, ne comptaient que douze diables, et Arimane était le premier. C’était du moins une chose consolante de reconnaître plus de génies bienfaisants que de démons ennemis du genre humain.

On ne voit pas que cette doctrine ait été suivie des Égyptiens. Les Grecs, au lieu de génies tutélaires, eurent des divinités secondaires, des héros, et des demi-dieux. Au lieu de diables, ils eurent Até, Érynnis, les Euménides. Il me semble que ce fut Platon qui parla le premier d’un bon et d’un mauvais génie qui présidaient aux actions de tout mortel. Depuis lui, les Grecs et les Romains se piquèrent d’avoir chacun deux génies ; et le mauvais eut toujours plus d’occupation et de succès que son antagoniste.

  1. Hyde, de Religione veterum Persarum. (Note de Voltaire.)