Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome11.djvu/146

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

difficulté de parler. Il voit d’abord une chaudière bouillante tournée au nord ; cette chaudière représente les peuples qui viendront du septentrion, et l’eau bouillante figure les malheurs de Jérusalem.

Il achète une ceinture de lin, la met sur ses reins, et va la cacher, par l’ordre de Dieu, dans un trou auprès de l’Euphrate : il retourne ensuite la prendre, et la trouve pourrie. Il nous explique lui-même cette parabole, en disant que l’orgueil de Jérusalem pourrira.

Il se met des cordes au cou, il se charge de chaînes, il met un joug sur ses épaules ; il envoie ces cordes, ces chaînes et ce joug aux rois voisins, pour les avertir de se soumettre au roi de Babylone, Nabuchodonosor, en faveur duquel il prophétise.

Ézéchiel peut surprendre davantage : il prédit aux Juifs que les pères mangeront leurs enfants, et que les enfants mangeront leurs pères. Mais avant d’en venir à cette prédiction, il voit quatre animaux étincelants de lumière, et quatre roues couvertes d’yeux : il mange un volume de parchemin ; on le lie avec des chaînes. Il trace un plan de Jérusalem sur une brique ; il met à terre une poêle de fer ; il couche trois cent quatre-vingt-dix jours sur le côté gauche, et quarante jours sur le côté droit. Il doit manger du pain de froment, d’orge, de fèves, de lentilles, de millet, et le couvrir d’excréments humains. « C’est ainsi, dit-il, que les enfants d’Israël mangeront leur pain souillé, parmi les nations chez lesquelles ils seront chassés. » Mais Ézéchiel ayant témoigné son horreur pour ce pain de douleur, Dieu lui permet de ne le couvrir que d’excréments de bœufs.

Il coupe ses cheveux, et les divise en trois parts ; il en met une partie au feu, coupe la seconde avec une épée autour de la ville, et jette au vent la troisième.

Le même Ézéchiel a des allégories encore plus surprenantes.

Il introduit le Seigneur, qui parle ainsi, chapitre xvi : « Quand tu naquis, on ne t’avait point coupé le nombril, et tu n’étais ni lavée ni salée.... tu es devenue grande, ta gorge s’est formée, ton poil a paru.... J’ai passé, j’ai connu que c’était le temps des amants. Je t’ai couverte, et je me suis étendu sur ton ignominie.... Je t’ai donné des chaussures et des robes de coton, des bracelets, un collier, des pendants d’oreilles.... Mais, pleine de confiance en ta beauté, tu t’es livrée à la fornication... et tu as bâti un mauvais lieu ; tu t’es prostituée dans les carrefours ; tu as ouvert tes jambes à tous les passants... tu as recherché les plus robustes.... On donne de l’argent aux courtisanes, et tu en as donné à tes amants, etc. »