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Je ne compte point ces restes d’Égyptiens, adorateurs secrets d’Isis, qui ne subsistent plus aujourd’hui que dans quelques troupes vagabondes, bientôt pour jamais anéanties.


xliii. — Des prophètes juifs.

Nous nous garderons bien de confondre les Nabim, les Roheim des Hébreux, avec les imposteurs des autres nations. On sait que Dieu ne se communiquait qu’aux Juifs, excepté dans quelques cas particuliers, comme, par exemple, quand il inspira Balaam, prophète de Mésopotamie, et qu’il lui fit prononcer le contraire de ce qu’on voulait lui faire dire. Ce Balaam était le prophète d’un autre Dieu, et cependant il n’est point dit qu’il fût un faux prophète[1]. Nous avons déjà remarqué[2] que les prêtres d’Égypte étaient prophètes et voyants. Quel sens attachait-on à ce mot ? celui d’inspiré. Tantôt l’inspiré devenait le passé, tantôt l’avenir ; souvent il se contentait de parler dans un style figuré : c’est pourquoi[3] l’on a donné le même nom aux poëtes et aux prophètes, vales.

Le titre, la qualité de prophète était-elle une dignité chez les Hébreux, un ministère particulier attaché par la loi à certaines personnes choisies, comme la dignité de pythie à Delphes ? Non ; les prophètes étaient seulement ceux qui se sentaient inspirés, ou qui avaient des visions. Il arrivait de là que souvent il s’élevait de faux prophètes sans mission, qui croyaient avoir l’esprit de Dieu, et qui souvent causèrent de grands malheurs ; comme les prophètes des Cévennes au commencement de ce siècle.

Il était très-difficile de distinguer le faux prophète du véritable. C’est pourquoi Manassé, roi de Juda, fit périr Isaïe par le supplice de la scie. Le roi Sédécias ne pouvait décider entre Jérémie et Ananie, qui prédisaient des choses contraires, et il fit mettre Jérémie en prison. Ézéchiel fut tué par des Juifs, compagnons de son esclavage. Michée ayant prophétisé des malheurs aux rois Achab et Josaphat, un autre prophète, Tsedekia, fils de Canaa[4] lui donna un soufflet, en lui disant : L’esprit de l’Éternel

  1. Nombres, chapitre xxii. (Note de Voltaire.)
  2. Paragraphe vi.
  3. L’édition de 1765 porte : « C’est pourquoi, lorsque saint Paul (Actes des Apôtres, chap. xvii) cite ce vers d’un poëte grec, Aratus : Tout vit dans Dieu, tout se meut, tout respire en Dieu, il donne à ce poëte le nom de prophète. Le titre, etc. » (B.)
  4. Paralipomènes, chapitre xviii. (Note de Voltaire.)