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aïeule de David, et même du Sauveur des chrétiens, qui ont succédé aux Juifs. Tous ces événements sont des figures, des prophéties, qui annoncent de loin la loi de grâce. Ce sont, encore une fois, des mystères auxquels nous ne touchons pas.

Le livre de Josué rapporte que ce chef, s’étant rendu maître d’une partie du pays de Canaan, fit pendre ses rois au nombre de trente-un ; c’est-à-dire trente-un chefs de bourgades, qui avaient osé défendre leurs foyers, leurs femmes, et leurs enfants. Il faut se prosterner ici devant la Providence, qui châtiait les péchés de ces rois par le glaive de Josué.

Il n’est pas bien étonnant que les peuples voisins se réunissent contre les Juifs, qui, dans l’esprit des peuples aveuglés, ne pouvaient passer que pour des brigands exécrables, et non pour les instruments sacrés de la vengeance divine et du futur salut du genre humain. Ils furent réduits en esclavage par Cusan, roi de Mésopotamie. Il y a loin, il est vrai, de la Mésopotamie à Jéricho ; il fallait donc que Cusan eût conquis la Syrie et une partie de la Palestine. Quoi qu’il en soit, ils sont esclaves huit années, et restent ensuite soixante-deux ans sans remuer. Ces soixante-deux ans sont une espèce d’asservissement, puisqu’il leur était ordonné par la loi de prendre tout le pays depuis la Méditerranée jusqu’à l’Euphrate ; que tout ce vaste pays[1] leur était promis, et qu’assurément ils auraient été tentés de s’en emparer s’ils avaient été libres. Ils sont esclaves dix-huit années sous Églon, roi des Moabites, assassiné par Aod ; ils sont ensuite, pendant vingt années, esclaves d’un peuple cananéen qu’ils ne nomment pas, jusqu’au temps où la prophétesse guerrière Débora les délivre. Ils sont encore esclaves pendant sept ans jusqu’à Gédéon.

Ils sont esclaves dix-huit ans des Phéniciens, qu’ils appellent Philistins, jusqu’à Jephté. Ils sont encore esclaves des Phéniciens quarante années jusqu’à Saül. Ce qui peut confondre notre jugement, c’est qu’ils étaient esclaves du temps même de Samson, pendant qu’il suffisait à Samson d’une simple mâchoire d’âne pour tuer mille Philistins, et que Dieu opérait, par les mains de Samson, les plus étonnants prodiges.

Arrêtons-nous ici un moment pour observer combien de Juifs furent exterminés par leurs propres frères, ou par l’ordre de Dieu même, depuis qu’ils errèrent dans les déserts, jusqu’au temps où ils eurent un roi élu par le sort.

  1. Genèse, chapitre xv, verset 18 ; Deutéronome, chapitre ier, verset 7. (Note de Voltaire.)